vendredi 22 sept. 2017

L’avenir des bibliothèques musicales

Lien vers l'ancien site ACIM

Un débat cruxial sur l'évolution de notre métier

Enjeux et questions

Il y a un certain nombre d'indicateurs qui amènent à formuler ces interrogations :

Internet et la multiplication des sites d'échanges et de téléchargement de musique ou d'information musicale même si Napster a été fermé d'autres prennent la relève.

de nouveaux appareils d'enregistrement et d'écoute de musique au format MP3 ou autre format numérique dont le dernier en date vu sur une publicité : le Jukebox de la société Créative prétend pouvoir stoker dans un appareil au format d'un baladeur 150 CD ou l'équivalent de 5 jours de musique en qualité numérique.

le magazine Webmusic dont j'ai eu entre les mains le N°2 donne d'autres raisons de s'inquiéter car dans ses critiques de disques à la place des références commerciales il donne des url (liens vers un site) qui permettent d'écouter la musique.

Il y a depuis longtemps des albums que l'on ne peut acquérir que sur le net. On sait que pour des collectivités comme les nôtres c'est compliqué...

A l'image de S. King, il a des artistes qui envisagent de se passer de l'édition et du pressage en diffusant/vendant ( ?) directement leur morceaux depuis leur site.

Le support CD a-t-il encore de l'avenir (plus que 5/6 ans) ?

Des usagers plus avertis

Dans le domaine du document écrit comme en matière de musique, si le consommateur est aujourd'hui plus avisé qu'autrefois (car de plus en plus instruit, de plus en plus informé par les médias de toutes sortes), s'il est de plus en plus autonome puisque l'accès à l'information comme aux produits musicaux a été facilité notamment grâce à l'essor des nouvelles technologies de l'information et de la communication, je pense qu'il ne saurait se passer totalement des professionnels compétents, et ce au moins pour les raisons ci-après.

Un métier qui va changer ?

Je pense que ces évolutions vont faire changer notre métier. Peut-être que notre rôle de médiateur va se renforcer face à celui de pourvoyeur de support...

Si vous avez lu attentivement l'excellente synthèse de notre collègue F. Dufaux, vous aurez vu qu'il risque d'y avoir une évolution des supports mais que les CD actuels seront "lisibles" par les lecteurs des nouveaux supports. Cependant la question d'internet est loin d'être résolu et simple. Avec l'avènement d'appareils mobiles qui enregistrent ou sont reliés facilement au net (WAP et autres) pour écouter des fichiers MP3, il va y avoir une évolution de la "consommation" de musique.

D'autant que les auditeurs les plus actifs sont ou seront probablement les plus férus de ce genre de techniques ou se brancheront sur internet rapidement...

Il me semble que notre métier va devoir évoluer d'avantage vers un rôle de médiation et que les taches plus techniques comme le catalogage s'amenuiseront au profit de la production de contenu (discographies,...), l'orientation discographique (en l'absence de supports vers le net), l'animation et la veille musicale (internet et autres...).

La connaissance de la musique sous tous ses aspects (genres, histoires, instruments, technologies...) et la possession d'un support renforcera notre rôle culturel de mémoire et de sa mise en valeur face au pilon commercial, à la volatilité des données numériques et à la barbarie du tout va vite et tout ce qui est nouveau est meilleur.


Vers une revalorisation de la profession

Les propositions de Xavier me semblent aller vers une revalorisation du métier de discothécaire : passer de tâches techniques à un vrai métier de spécialistes des musiques semble un défi intéressant, et la mise à disposition d'un public forcément moins polyvalent de ces connaissances relève bien du métier : transmission de connaissances, médiation pour une ouverture vers des musiques moins connues parce-que moins bien diffusées, élaboration de critères d'acquisition et explicitation de ces critères. Quant à la conservation, c'est un problème délicat qui mérite sans doute une réflexion approfondie parmi les discothécaires.

Sélectionner et orienter

D'une part, vu l'abondance de la production - et c'est, je crois, une bonne chose en soi, puisque preuve de la créativité des individus et de la vivacité du secteur - il n'est pas toujours facile de se retrouver dans la masse sous laquelle le consommateur/utilisateur croule littéralement. Il n'est pas toujours aisé non plus de ne pas se perdre dans ce véritable labyrinthe que représente Internet, d'autre part. De ce fait, des professionnels capables de le conseiller et, surtout, de le guider seront toujours indispensables.

Le rôle de ces derniers consistera davantage à effectuer un premier tri dans la masse pour proposer à chaque personne intéressée le plus large choix possible en fonction de ses intérêts et de ses goûts. Ils auront également pour tâche de placer des balises claires permettant d'aiguiller l'utilisateur/consommateur, lui évitant ainsi une inutile perte de temps, et même d'argent (voir le coût de connexion et diverses taxes des communications).

Un peu de temps dans l'éphémère musical

Par ailleurs, puisque la logique commerciale ne s'intéresse qu'aux produits qui « marchent », cédant parfois trop facilement à des effets de mode (avec tout ce qu'une telle vision peut avoir de restrictif et de temporaire), rejetant parfois dans l'oubli des productions souvent originales, voire insolites, et amputant par la même occasion la création d'une bonne partie de sa réalité, il s'agira aussi pour eux de jouer un autre rôle, et non des moindres : celui de conservateurs et de valorisateurs du patrimoine. Je veux parler de ce « rôle culturel de mémoire » évoqué plus haut.

Dès lors, la formation (initiale et continue) de ces médiateurs que sont les médiathécaires, les documentalistes et les bibliothécaire, et, par conséquent, l'implication réelle des partenaires (pouvoirs publics, organismes privés, etc.) dans ce processus prend encore toute son importance.

A mon avis, ce n'est que dans cette optique patrimoniale qu'il sera possible de présenter à l'usager ou consommateur moyen, à l'amateur mordu de raretés comme au chercheur (ethnologue, sociologue, musicologue, etc.) une large palette de produits effectivement représentative des diverses sensibilités d'un pays, d'une culture, d'une époque ou d'un moment de l'histoire de notre monde.

Interventions de Xavier Galaup, Suzanne Rousselot et Kayowa MUKUNDI-BIPUNGU

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