mercredi 23 août 2017

1 – La musique française au Moyen Âge

La musique et son contexte en France : 1ère partie : Du chant grégorien à la polyphonie franco-flamande.

Histoire de la musique française à l’époque médiévale

Moyen-Age sacré et Moyen-Age profane

Le Moyen Age est une époque immense et complexe de plus d’un millénaire.

Il commence avec la chute de l’empire romain d’Occident (au Ve siècle, help en 476) et s’achève au XVe siècle, check avec, more about au choix :
- l’invention de l’imprimerie en Europe (1450-1456), ou
- la prise de Constantinople par les Ottomans (les Turcs) en 1453 (beaucoup de grecs instruits viennent alors s’installer en Italie apportant avec eux leur patrimoine littéraire), ou encore
- la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492.
- La fin de la Reconquista, terme espagnol signifiant « reconquête » et désignant la lutte des royaumes chrétiens d’Espagne et du Portugal pour chasser les Maures de la péninsule Ibérique, au Moyen Âge. La prise de Grenade en 1492 signifia la fin de la présence arabe et juive en Espagne.

Les débuts
Clovis Ier (v. 465-511), roi des Francs (481-511) est le véritable fondateur de la dynastie mérovingienne.

Il est souvent présenté dans la tradition historique française comme l’ancêtre de la nation, et dans la littérature religieuse, comme celui qui, de par son baptême, a fait de la France la « fille aînée de l’Église ». Cependant il demeure un personnage mal connu. Entre 495 et 505, Clovis se fait baptiser à Reims par l’archevêque Remi, et associe pour longtemps l’Eglise catholique et les Rois de France.

Le chant grégorien : le ciment de la liturgie

Appelé également chant ecclésiastique ou plain-chant, c’est le chant de la liturgie catholique romaine dont les textes sont extraits des saintes écritures. Cette tradition musicale à des sources multiples venant de Syrie, de Palestine, de Grèce antique et de Rome .Le chant grégorien est monodique (tous les moines chantent à l’unisson), et sans accompagnement instrumental.

Pourquoi « grégorien » ?

Parce que l’on attribue sa création au pape Grégoire 1er (540-604), qui n’est pas compositeur, mais qui aurait décidé de collecter tous les chants liturgiques chantés aux 4 coins de l’Europe. Il aurait ainsi effectuer sa sélection, et estampiller de grégoriens tous les chants qui lui convenaient. Deux siècles plus tard, en 813 Charlemagne, au concile de Tours, impose le grégorien à tout l’Empire, contre d’autres formes de chant ecclésiastique de rite non romain, comme le chant mozarabe d’Espagne, le chant celtique d’Irlande, le chant ambrosien au Nord de l’Italie, ou le gallican de Gaule. C’est à partir du IXe siècle que l’on trouve sa trace dans les manuscrits liturgiques.

Le chant grégorien se pratique et se perpétue ainsi jusqu’au Xe siècle. Il sera sapé de l’intérieur par :

- les sophistications progressives de la polyphonie : ars antiqua, ars nova et école franco-flamande et

- les nouvelles influences musicales , ainsi que les nouveaux instruments à cordes et à vent que les troubadours rapporteront des croisades.

Pour l’heure, la musique grégorienne est « récitative », elle reste inséparable du texte.

Extrait n° 1 : Iudaea et Ierusalem réf. : Cantus Aeternus : Splendeur du chant grégorien / par le Chœur des moines de l’Abbaye de Solesmes ; sous la direction de Dom Joseph Gajard. – Accord : Musidisc, 2001

« Terre de Judée et vous Jérusalem, ne craignez pas ; demain vous serez délivrés, et le Seigneur sera avec vous. Sachez attendre et vous verrez le Seigneur venir à votre aide, Gloire au Père. »

On peut comprendre déjà dans les paroles, un appel aux croisades.

Des travaux de recherche approfondis pour retrouver les sources du plein-chant sont entrepris en France entre 1870 et 1880 par un groupe de moines bénédictins de l’abbaye de Solesmes.

Pour aller plus loin : on pourra visiter les sites suivants :

- The Gregorian Chant Home Page sur le site de l’Université de Princeton (USA)

Ne pas confondre Grégoire 1er et Grégoire XIIIe, réformateur du calendrier en 1582

Les troubadours et les trouvères : auteurs et compositeurs en langues d’Oc et d’Oïl

Le Moyen Age voit également s’opérer de profonds changements linguistiques : on passe du latin classique à l’ancien français, après une période de transition par le roman.

Les premiers documents connus, écrits en roman sont :
- un texte politique datant de 842, le texte des Serments de Strasbourg, prononcés par les petits-fils de Charlemagne : Charles le Chauve et Louis le Germanique lors du partage de l’empire. (déjà l’amitié franco-allemande !)

Voici le texte en langue romane :

« Pro deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d’ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son frada salvar dift, in o quid il mi altresi fazet et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui, meon vol, cist meon fradre Karle in damno sit. »

Et sa traduction en français d’aujourd’hui :

« Pour l’amour de Dieu et le salut commun du peuple chrétien et le nôtre, à partir d’aujourd’hui, autant que Dieu me donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère Charles par mon aide et en toute chose, comme on doit justement secourir son frère, à condition qu’il fasse de même pour moi, et je ne prendrai jamais aucun arrangement avec Lothaire, qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mon frère Charles. »

- un document religieux, connu sous le nom de Cantilène de sainte Eulalie, écrit aux environs de l’an 878. Dont voici le début du texte :

« Buona pulcella fut Eulalia. Bel avret corps, bellezour anima. Voldrent la veintre li Deo inimi, Voldrent la faire diaule servir… »

« Eulalie était une bonne jeune fille. « Elle avait le corps beau et l’âme plus belle encore. Les ennemis de Dieu voulurent la vaincre ; Ils voulurent lui faire servir le Diable. »

À partir du IXe siècle, on décèle une ligne de démarcation linguistique correspondant au tracé de la Loire et séparant la langue d’oïl, au Nord, de la langue d’oc, au Sud.

La langue d’oc comprend de très nombreux dialectes : provençal, languedocien, gascon, limousin, auvergnat, dauphinois et savoisien.

Les troubadours et la langue d’oc

Le mot « troubadour » appartient à la langue d’oc : il désigne les poètes du Sud de la Loire.

Troubar, ou trouver signifie : composer des vers.

Les troubadours sont des poètes lyriques qui accompagnent leurs poèmes de musique.

Ils exercent leur art auprès des grands seigneurs du sud de la France, entre la fin du XIe siècle jusqu’à la fin du XIIIe siècle.

Le mot « trouvère », qui signifie la même chose en « oïl », désignera les poètes du Nord de la Loire, héritiers des troubadours.

La plupart des troubadours sont à l’origine, non pas des baladins itinérants, mais des seigneurs, certains comme Guillaume IX d’Aquitaine, possédant même le titre de prince ou de roi.

La cour d’Aliénor d’Aquitaine et celle des comtes de Toulouse apparaissent comme les plus brillantes en matière de poésie.

Les poèmes lyriques des troubadours, nouveaux par leur forme, leurs mélodies et leurs rythmes, restent parmi les premiers textes écrits en langue d’oc.

La poésie des troubadours célèbre l’amour courtois, et manifeste l’idéal chevaleresque.

Ces poèmes peuvent prendre diverses formes :

- le canso (chanson à strophes),
- le tenso (dialogue ou controverse),
- le sirvente (canso politique ou satirique), le planh (complainte ou chant funèbre),
- l’alba (chant matinal),
- et la serena (chant du soir).

La poésie courtoise des trouvères et des troubadours est contemporaine des Croisades. Rappelons que les croisades furent des expéditions militaires entreprises par les chrétiens d’Occident à partir de 1095, habituellement à la demande du pape, pour soustraire à la domination des musulmans les lieux saints de Palestine, et notamment le tombeau du Christ à Jérusalem. Les croisades, au nombre de huit, se sont achevées en 1270.

2 troubadours :

- Jaufré Rudel (1125-1148) troubadour

J. Rudel est le plus ancien troubadour dont on a pu conservé un nombre conséquent de ses œuvres : 6 poèmes et 4 mélodies. Au Moyen Age sa vie est l’objet d’une biographie légendaire (Vida)

« Jaufres Rudels de Blaia si fo mout gentils hom, princes de Blaia. Et enamoret se de la comtessa de Tripol, ses vezer, per lo ben qu’el n’auzi dirc als pelerins que venguen d’Antiocha. »

Seigneur de Blaye (Gironde), Jaufré Rudel part pour la 2e croisade en 1147 (emmenée par Charles VII, roi de France et Conrad III, empereur du Saint Empire germanique). Il fait partie de la première génération des troubadours. Il mène une vie mouvementée, dont une partie appartient peut-être à la légende : il tombe amoureux de la princesse de Tripoli (Liban), se languit d’elle toute sa vie, et finit par la rencontrer pour mourir dans ses bras.

Extrait n° 2 : No sap chantar

Une belle lamentation sur l’amour lointain et la séparation : « Que nul ne s’étonne à mon sujet / Si j’aime ce que jamais je ne verrai » Remarquer le verbe « trobar » = trouver : faire des vers, créer de la poésie

- Giraut de Bornelh (…1150-1220…) troubadour

Il est originaire de la région d’Excideuil (Périgord vert) ; les dates de sa vie sont incertaines (entre 1140 et 1240)

De modeste condition, Giraut de Bornèlh devient le troubadour le plus réputé de son temps, comme en témoignent le nombre important de poésies transmises par les chansonniers et la protection que lui accordèrent des grands seigneurs de l’époque : Ademard V, vicomte de Limoges, Alphonse III de Castille, Alphonse II d’Aragon.

Il participe à la 3e croisade (1189 – 1192) avec Richard Coeur de Lion, Philippe Auguste, Frédéric Barberousse, l’empereur allemand, et séjourne à la cour d’Antioche (Turquie). En somme, un contemporain de Robin des Bois !

Il laisse une œuvre d’environ 81 chansons et autres textes, ainsi qu’une aube célèbre « Rei glorios… » Il apparaît aussi à l’aise dans le genre léger et facile (trobar plan), que dans la poésie la plus sophistiquée et hermétique (trobar clus).

« Son inspiration grave, laborieuse, un peu hautaine, fuit d’instinct la banalité. Surnommé Maistre dels trobadors par ses contemporains, tenu en haute estime par le grand poète italien Dante Alighieri (1265-1321), il demeure l’un des grands poètes occitans. » (René Nelly)

Extrait n° 3 Reis glorios

Pour aller plus loin au sujet des troubadours :

Troubadours : une liste de textes de troubadours.

Troubadours and jongleurs : une liste étendue de troubadours dont on a pu conserver les oeuvres.

Les trouvères et la langue d’Oïl

Sous le terme de langue d’oïl, on rassemble différents dialectes dont les principaux sont :

- le normand à l’ouest,
- le picard et le wallon au nord,
- le champenois, le lorrain et le bourguignon à l’est,
- et au centre le francien (dialecte de l’Île-de-France).

Ces dialectes vont constitueront les bases de l’ancien français. L’unification d’un modèle linguistique commun et unique à tout le royaume s’effectue à partir du domaine d’oïl, plus proche du pouvoir central.

Les trouvères qui composent les chansons de geste et la poésie de cour sont influencés par les troubadours qu’Aliénor d’Aquitaine, après son mariage avec Louis VII, a emmenés avec elle à Paris. Les trouvères, dont le plus célèbre demeure Adam de la Halle, adaptent les œuvres des troubadours, tout en créant leur propre genre, en écrivant sur le thème de « la fine amor ».

Avec les trouvères, musique et poésie restent intimement liées. La poésie se détachera du chant seulement vers la fin du XIIIe siècle.

Adam de la Halle (né à Arras en 1245-mort à Naples1287) trouvère français

Il fait partie de la compagnie des jongleurs d’Arras. Il entre au service de Robert II d’Artois qu’il suit en Italie. Outre l’auteur de chansons, de motets, de rondeaux, il restera comme l’auteur de deux œuvres dramatiques, particulièrement importantes dans l’histoire du théâtre médiéval : Le Jeu d’Adam ou de la feuillée et le jeu de Robin et de Marion

Extrait n° 4 : Le jeu de Robin et de Marion (plage 1 : 2’40)

Li chevaliers : Bergiere diex vous doinst bon jour

Marions : Diex vous gart sire

Li chevaliers : Par amour douche puchele or me contés Pour coi ceste canchon cantés Si volentiers et si souvent Hé : robin se tu m’aimes Par amours maine m’ent

Cette œuvre se rattache au thème de la pastourelle ou pastorale.

La pastourelle est une chanson dans laquelle le poète gentilhomme raconte sa rencontre avec une bergère dans la campagne, alors qu’il se promène à cheval ; il narre les épisodes de sa tentative de séduction et le succès qu’il en tire, bon ou mauvais suivant les cas.

Résumé du jeu de Robin et de Marion :

Une jeune bergère, Marion (Marotte), rêve dans un champ à son promis, le jeune et beau Robin. Arrive alors un chevalier, parti à la chasse avec son faucon ; apercevant la belle, il l’aborde et lui propose une escapade. Marion refuse, et le chevalier s’éloigne. Marion part alors chercher de l’aide : elle appelle Robin et ses amis, Gautier, Baudon et Peronelle. Le chevalier revient et enlève Marion sans que Robin ni ses amis interviennent. Appeurés par le chevalier, Robin et ses amis préfèrent se cacher. Marion, ne pouvant dès lors compter que sur elle, arrive à se débarrasser toute seule du chevalier. Elle retrouve ses amis et, pas rancunière, décide de faire la fête avec eux. Curieuse morale !

Pour retrouver le livret avec la partition :

LI GIEUS DE ROBIN ET DE MARION

Une autre édition avec enluminures :

Le Jeu de Marion et Robin Bibliothèque Méjanes (Aix-en Provence)

L’ars antiqua : L’école de Notre-Dame : naissance de la polyphonie

On pourrait résumer l’évolution de la musique vocale sacrée au Moyen-Age, en la comparant à l’évolution de l’architecture de la même époque. Les églises romanes de style sobre et dépouillé vont peu à peu laisser place aux cathédrales gothiques, au style flamboyant et foisonnant. En musique, la pratique du plain-chant va s’effacer progressivement au profit d’une polyphonie aux audaces de plus en plus exubérantes et luxuriantes.

Oeuvre anonyme (850-900) : extrait du traité « Enchirias Musices »

L’organum est la 1ère manifestation de la polyphonie occidentale. Les écarts autorisés sont la quarte, la quinte ou l’octave.

L’ars antiqua (art ancien) signifie l’apogée de la première polyphonie au XIIe et XIIIe siècle notamment par les compositeurs qui travaillaient à la Cathédrale de Paris.

Extrait n° 5 Léonin (Leoninus) (1140- ?) : l’organum mélismatique

Premier grand représentant de l’Ecole de Notre-Dame. Il est le plus grand compositeur d’organa (organum) de son temps. Ce sont des compositions à deux voix. La mélodie du chant tirée du répertoire grégorien est placée à la basse, elle est lente et solennelle ; elle est appelée la « teneur ». La voix dite « organale » au-dessus est plus mobile et rythmée, elle brode ; elle déploie des mélismes (plusieurs notes chantées sur une syllabe).

D’où le nom d’ « organum mélismatique » . Léonin préfigure les développements de la polyphonie française dont l’apogée sera atteint par l’école franco-flamande.

Extrait n° 6 : Deum time de Léonin Pérotin (XII-XIIIe)

Il remplace Léonin et exerce à la cathédrale Notre-Dame de la fin du XIIe à environ 1230. Avec lui, l’organum prend de l’ampleur : Pérotin augmente le nombre de voix dans la polyphonie de 2 à 4, superposant ainsi jusqu’à 3 parties mélismatiques. La voix principale (la teneur) est toujours choisie dans le répertoire grégorien.

Il participe au développement d’une forme vocale : le motet. Le motet est constitué d’un psaume (d’où mot-et), ou de paroles de dévotion. Mis en musique, il est destiné à être chanté à l’Eglise.

Pérotin compose notamment des motets polytextuels (le texte est différent pour chaque voix). Cette caractéristique consiste à superposer plusieurs textes, religieux et profanes, parfois dans des langues différentes (latin, français).

L’utilisation d’un fragment de chant grégorien pour la voix la plus grave va subsister jusqu’à la fin de la Renaissance.

Extrait n° 7 : Mors (=mort)

L’ars nova : les compositeurs ont un nouveau système de notation

En France, deux personnalités dominent totalement ce XIVe siècle : Philippe de Vitry , théoricien et compositeur, puis Guillaume de Machaut, écrivain, poète et compositeur.

Philippe de Vitry (1291-1361)

Il est le grand théoricien de son temps, l’auteur du traité « Ars nova » vers 1325. Il compose des motets polytextuels et isorythmiques (ce qui suppose la répétition en boucle de schémas rythmiques et mélodiques distincts, mais enchevêtrés).

L’Ars Nova va engendrer une véritable révolution, en proposant un nouveau système de notation :

- pour les valeurs rythmiques
- pour les indications de mesures
- pour les indications de changement de mode par les couleurs : rouge pour parfait, noir pour imparfait.

Avec ces possibilités d’indication de mesures, l’Ars Nova propose des combinaisons rythmiques complexes.

L’ars nova signe la première crise morale et politique du Moyen Age : déclin de l’emprise canonique de l’Eglise, et montée de la liberté d’expression.

Les innovations de cette musique émeuvent à ce point les autorités de l’Église que le pape Jean XXII installé à Avignon, lance en 1324 un appel dont voici le passage essentiel :

« Certains disciples de la nouvelle école, tandis qu’ils mettent toute leur attention à mesurer les temps, s’appliquent à faire les notes de façon nouvelle, préfèrent composer leurs propres chants que chanter les anciens, divisent les pièces ecclésiastiques en semi-brèves et minimes ; ils hachent le chant avec les notes de courte durée, tronçonnent les mélodies par des hoquets, polluent les mélodies avec des déchants et vont jusqu’à les farcir de « triples » et de motets en langue vulgaire. Ils méconnaissent ainsi les principes de l’antiphonaire et du graduel, ignorent les tons qu’ils ne distinguent plus, les confondent même : sous cette avalanche de notes ; les pudiques ascensions et les discrètes retombées du plain-chant, par lesquelles se distinguent les tons eux-mêmes, deviennent méconnaissables. Ils courent sans se reposer, enivrent les oreilles au lieu de les apaiser, miment par des gestes ce qu’ils font entendre. Ainsi, la dévotion qu’il aurait fallu rechercher est ridiculisée et la lascivité qu’on aurait dû fuir est étalée au grand jour… »

Guillaume de Machaut (Reims 1300-Reims 1373)

Machaut est un homme de synthèse, délibérément engagé dans le mouvement moderniste. Il demeure aussi le dernier « trouvère », continuant sur le plan littéraire l’œuvre des poètes courtois. Attaché à Jean de Luxembourg, roi de Bohême, dont il sera le secrétaire jusqu’à la mort de ce dernier à la bataille de Crécy (1346), Guillaume de Machaut voyagera à travers l’Europe avant de se fixer en 1340 à Reims.

Il fut aussi au service de : Bonne de Luxembourg, épouse de Jean II le Bon et mère de Charles le Sage, du roi de Navarre Charles le Mauvais, du roi Charles V et du duc de Berry

Il est un maître de la polyphonie et un grand poète. Ses vingt-trois motets, en majorité profanes, souvent de rythmes identiques et à trois ou quatre parties, sont écrits sur un texte, soit français, soit latin, voire en superposant les deux langues.

L’unique messe qu’il compose : « La messe Notre-Dame » assurera la pérennité de son nom. Écrite à quatre voix, avec, pour certains mouvements, un accompagnement instrumental, elle demeure l’une des premières à grouper tous les éléments de l’ordinaire du service liturgique : Ite missa est, Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei. En apportant tous ses soins au rythme poétique, Machaut contribua à accélérer la transformation de la poésie lyrique en un genre purement littéraire.

Pour accéder à l’intégralité des textes de Guillaume de Machaud sur le site Medieval.org

Extrait n° 8 : Le jugement du roi de Navarre

L’école franco-flamande : la première Renaissance

Ce style est élaboré par musiciens du XVe et du début du XVIe siècle, originaires de la Bourgogne, du Luxembourg, des Pays-Bas, du Nord de la France, de Belgique et de Bourgogne.

Tous ces musiciens parlent français, latin, italien ou parfois flamand ; au Xve siècle, ils appartiennent à la mouvance des Ducs de Bourgogne, et au XVIe siècle, à l’empire de Charles Quint.

Cette époque est vraiment charnière : elle se présente en effet comme un adieu au Moyen Age (elle conserve encore une haute spiritualité et un grand sens du sacré) tout en s’inscrivant déjà dans la Renaissance (la culture humaniste y est déjà présente).

Citons dans un ordre chronologique de très grands musiciens de cette école franco-flamande :

- Gilles Binchois (1400-1460),
- Guillaume Dufay (1400-1474),
- Johannes Ockeghem (1420-1497),
- Josquin des Prés (Josquin Desprez) (1440-1524),
- Roland de Lassus (1532-1594).

Guillaume Dufay (1400-1474)

Employé à la chapelle papale de Rome, puis des ducs de Savoie, avec lesquels il voyage, il se fixe finalement à Cambrai pour y passer les trente dernières années de sa vie. On lui doit la messe de l’homme armé et de nombreux motets.

Extrait n° 9 : O sancte Sebastiane : motet à 4 voix (teneur + triplum)

Motet composé en l’honneur de Saint Sébastien sans doute pour conjurer une épidémie de peste.

Gilles Binchois (1400-1460)

Compositeur flamand, il est employé en 1430 par Philippe Le Bon du duché de Bourgogne. Il écrit de la musique sacrée et des chansons polyphoniques.

Extrait n° 10 : Triste plaisir (Alain Chartier)

Une très belle chanson pleine d’oxymorons (figure de style consistant à réunir deux mots antinomiques ou incompatibles) : sur un rondeau de Alain Chartier :

« Triste plaisir et douloureuse joie
Apre douceur, réconfort ennuyeux,
Ris en pleurant, souvenir oublieux
M’accompagnent, combien que seul, je sois,… »

La musique francaise à l’époque de la Renaissance (XVIe), au Grand Siècle (XVIIe) et au siècle des Lumières (XVIIIe)

Discographie
Bibliographie
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