dimanche 11 déc. 2016

Julien Blottière présente le blog collectif l’Histgeobox : entretien avec un Hybride #7


Julien Blottière, professeur et co-auteur du blog histgeobox

Si la chronique « Entretien avec un hybride » présente habituellement des projets numériques mis en place par des bibliothécaires musicaux dans des médiathèques publiques, nous faisons aujourd’hui une exception avec l’Histgeobox, et cela pour plusieurs raisons.
D’abord parce que ce blog traite des musiques et de chansons populaires dans leurs perspectives historique et géographique. Ensuite parce que l’Histgeobox procède d’une démarche similaire à celle d’un biblioblog : il a pour objet la médiation numérique par la diffusion en ligne de contenus, de connaissances, de références également transmis et proposés au sein d’une institution, ici éducative, là culturelle. Et enfin parce que l’Histgeobox est déjà bien connu des discothécaires et bibliothécaires musicaux, ce blog ayant été cité plusieurs fois en référence sur la liste Discothécaires. Merci à Julien Blottière et l’équipe des auteurs de l’Histgeobox d’avoir répondu à nos questions.

1. Pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ? Qui participe à l’Histgeobox ?
Nous sommes 4 profs d’histoire géo : Véronique Servat (‏@servatvero), Jean-Christophe Diedrich, Etienne Augris et Julien Blottière (@bricabraque), enseignant dans des collèges et lycées francilien, lorrain et charentais. Nous avons décidé de lancer un, puis des blogs collectifs proposant un voyage dans le temps et dans l’espace en partageant nos coups de cœur musicaux, littéraires … artistiques en général.

2. Qu’est-ce que l’Histgeobox ?  
Le blog a pour objectif d’aborder les programmes d’histoire et géographie du collège et du lycée par le biais de la musique en proposant des notices consacrées à des chansons et morceaux que nous jugeons dignes d’intérêt. Chaque morceau correspond à une notion ou plusieurs notions du programme.

3. Quels étaient vos objectifs en développant ce projet ?
De notre point de vue, il a pour mérite de combiner musique et histoire-géo, deux de nos centres d’intérêt. Il tend à démontrer, à son modeste niveau, à quel point la chanson populaire constitue un document formidable pour aborder un lieu, un évènement ou une époque.

  • Le blog permet en outre d’aborder des sujets périphériques ou survolés en classe en raison des contraintes horaires. Des sujets qui nous intéressent ou nous tiennent à coeur (droits civiques, histoire des conflits sociaux).
  • Un des avantages des blogs est leur grande réactivité à l’actualité. Ex: L’interminable feuilleton Arcelor-Mittal Florange gagne à être replacé dans un contexte plus large (Fensch Vallée). La crise sociale traversée par la couronne britannique peut aussi être appréhendée grâce à la plume acérée des chanteurs/rappeurs du royaume (le démantèlement du système de santé avec NxtGen et son Andrew Lansley Rap ou encore les émeutes urbaines de 2011).
  • L’idée de traiter ou de travailler une chanson est souvent motivée par la découverte de celle-ci ou la lecture d’un article ou ouvrage sur un sujet évoqué dans la chanson. Dès la première écoute du papier d’Arménie d’R Wan, qui traite avec une grande justesse du génocide arménien, vous avez l’envie d’en savoir plus et d’utiliser le morceau.

4. A quelle date avez-vous préparé la mise en place du projet ? A quelle date avez-vous lancé le projet ?
Les premiers post remontent au mois d’avril 2008. Mais l’impulsion première avait été donnée quelques mois plus tôt par Etienne Augris qui nous avait proposé de créer un blog collectif intitulé Lire-écouter-voir (devenu aujourd’hui Samarra) ayant pour ambition de présenter « des livres, des films, des émissions, des musiques de l’art pour apprendre et comprendre le monde. » La spécificité de l’Histgeobox est de se spécialiser dans l’étude de chansons.

5. Pour quelle raison avoir choisi la plateforme Blogger ?
La plateforme Blogger a pour grand avantage d’être simple d’utilisation, gratuite et d’offrir de nombreuses potentialités. La simplicité de l’outil permet à tout un chacun et quel que soit son âge de créer du contenu sur internet. Précisons que la commodité d’utilisation et les potentialités, relativement limitées au début, sont encore plus une réalité aujourd’hui.

6. Comment organisez-vous l’alimentation en contenus du blog ? Y-a-t-il un calendrier de publication ?
Le blog grandit et se développe au gré de nos contributions. L’activité s’avère particulièrement chronophage et dépend avant tout de nos disponibilités. Il n’y a donc aucun calendrier de publication. Chaque participant publie quand il le peut et le veut. Au fond, l’organisation du blog est très informelle. Nous nous faisons une confiance réciproque qui rend inutile toute lecture préalable des billets publiés par chacun de nous. Cette liberté permet à chacun d’aborder les thèmes … et les styles musicaux qui lui sont chers. Pour quelques morceaux, nous travaillons à deux ou plus en vue d’intégrer des approches et des sensibilités différentes. Des élèves sont parfois sollicités ponctuellement et les contenus se nourrissent aussi de leurs questions, réflexions et suggestions.

7. Ce projet a-t-il été accompagné d’une démarche de médiation et de communication à destination du public (dans vos établissements) et des tutelles et instances institutionnelles (académies, CDDP, CRDP, Sceren, …)  ?
Le projet repose sur la liberté pédagogique des auteurs et nous n’avons donc pas souhaité donner un caractère officiel à notre démarche. La reconnaissance de nos hiérarchies n’est pas quelque chose qui nous semble tellement important. Ponctuellement et individuellement cependant, nous avons des échanges fructueux avec des documentalistes, des collègues, des animateurs du réseau CRDP. L’essentiel de la médiation se fait par internet et, depuis deux ou trois ans par les réseaux sociaux.

8. Les articles d’Histgeobox racontent le contexte politique et social de l’histoire d’un pays évoqué dans une chanson. Quels liens ces articles ont-ils avec les cours que vous donnez lorsque que vous enseignez ?
Pour une majorité de chansons, il n’y a pas d’utilisation directe en classe. Certains morceaux en revanche s’imposent. Prenons quelques exemples:

  • L’étude de La chanson de Craonne constitue un formidable document pour entrapercevoir l’état d’esprit des poilus après 3 ans d’une lutte acharnée.
  • La Marseillaise ou la Carmagnole des armes révolutionnaires, des outils de propagande des idéaux républicains.
  • Certaines chansons coloniales (Bou Dou Ba Da Bouh, La Tonkinoise, Nénufar) s’avèrent particulièrement instructives, car elles reflètent l’état d’esprit de beaucoup d’Européens à l’égard des populations colonisées.
  • Les chansons de propagande sont de puissants outils de légitimation. Leur analyse permet de décrypter certains fondements idéologiques ou valeurs des régimes politiques qui assurent la diffusion de ces morceaux. ex: Maréchal nous voilà  hymne quasi-officiel du régime de Vichy ou encore le sinistre Horst-Wessel-Lied pour l’Allemagne nazie.
  • Les negro spirituals, puis leur transformation en freedom songs, représentent de précieux témoignages des espoirs et aspirations des esclaves, puis des Afro-américains victimes des discriminations raciales.

D’autre part, il paraît intéressant d’utiliser les références culturelles des élèves lorsqu’on aborde certains chapitres. Un morceau apprécié comme Empire State of Mind constitue une porte d’entrée séduisante pour aborder les métropoles mondiales.

Enfin, par leurs qualités musicales ou/et littéraires, certaines chansons méritent une étude fouillée, dans le cadre de l’épreuve d’histoire des arts par exemple : L’Affiche rouge ou encore Strange fruit.

9. Qui sont les publics visés (collègues, élèves, tout public, …) ? Quels sont les retours ?
Il est toujours difficile, voire impossible, de connaître l’identité des visiteurs d’un site ou d’un blog. Notre ambition est bien sûr de toucher un maximum de visiteurs, élèves, professeurs ou les curieux arrivés sur le site au gré de leurs pérégrinations sur la toile.

Dans l’ensemble, les retours ou réactions sont bons comme en atteste la fréquentation honorable et régulière du blog, les commentaires – positifs dans une grande majorité des cas – et les mentions des articles du blog sur le reste de la toile. Les autres professeurs constituent assurément une part notable des visiteurs de l’histgeobox, plus importante sans doute que celle des élèves.

10. Y-a-t-il eu des freins à la mise en place de ce projet (techniques, administratifs, juridiques,…) ?
Aucun, sinon le manque de temps !

11. L’ Histgeobox est-il présent sur les réseaux sociaux (MySpace, Facebook). Si, oui, pourquoi et comment ?
Etienne Augris a créé un compte twitter et une page Facebook samarra/histgeobox qui permettent d’informer de la publication d’un billet et, plus généralement, de profiter de la réactivité exceptionnelle des réseaux sociaux. Précisons que cette réactivité (commentaire, remarques, questions,…) n’est plus beaucoup faite sur les blogs eux-mêmes mais sur ces réseaux sociaux.

12. Quels conseils ou recommandations formuleriez-vous pour qui voudrait se lancer dans l’aventure d’un blog collaboratif ?
S’assurer d’abord qu’on partage bien la même idée de départ.
Bien mesurer ensuite, le temps que peut parfois prendre pour rendre son blog actif en l’alimentant régulièrement. La dimension collective est importante car elle permet d’avoir une meilleure relecture réciproque, de s’enrichir mutuellement de nos compétences respectives. C’est également important car, en fonction de nos disponibilités respectives, certains publient plus à un moment donné, les autres prennent le relais ensuite.

13.Avez-vous des projets pour développer ou faire évoluer l’ Histgeobox ?
Nous avions l’idée de faire un livre qui reprendrait certaines des chansons emblématiques, une par thème du programme. C’est encore dans les tiroirs…

14. Quels sont vos goûts musicaux ? Quels disques écoutez-vous actuellement ?

Etienne Augris : Mon rayon c’est le Hip Hop. J’aime beaucoup les musiques Afro-américaines mais je suis friand d’autres styles. Et pour l’histgeobox, je suis prêt à travailler sur tous les styles de musique !

Jean-Christophe Diedrich : les chansons françaises récentes (la nouvelle scène française) ou anciennes parfois issues de l’univers du Music-hall, rock, jazz, classique.

Véronique Servat : fondamentalement tout ce qui vient d’outre Manche,  des Clash aux Cure, de Joy division à Pulp, des Beatles à Bowie, en passant par Blur; les sons plus lourds venus des États Unis à la Jack White ou Black Keys sans oublier les incontournables de Dylan à Springsteen.

Julien Blottière : des goûts très éclectiques avec une prédilection pour la deep soul américaine des années 1960 (Muscle Shoals, STAX), le rocksteady jamaïcain (Treasure Isle de Duke Reid) et les vieilles cumbias colombiennes.

Les autres blogs, ressources,  et scoop.it! des auteurs participants à l’Histgeobox :

http://lhistgeobox.blogspot.fr/

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