Sunday 17 Dec 2017

Faut-il en finir avec les CD?

Un article proposé par Lydia Belmekki, Catherine Benod et Benjamin Sausin, élèves conservateur.trice.s de bibliothèques de l’INET.

Depuis sa création en 1982, le CD s’est progressivement imposé comme le mode de stockage et de consommation de musique par excellence. L’amélioration de la qualité sonore, l’augmentation du temps d’écoute et la meilleure ergonomie de ce support lui ont permis de détrôner vinyles et cassettes audio.

Aujourd’hui le CD semble dépassé par de nouvelles modalités d’écoute, et cela fait une bonne décennie qu’on nous annonce régulièrement sa disparition. Pour les bibliothèques, la question se pose avec force : faut-il continuer d’investir dans ce support s’il ne correspond plus aux usages?

Dans le cadre de notre stage collectif à la Bibliothèque Départementale du Bas-Rhin, nous avons réfléchi à la stratégie à adopter en matière de musique. Ce travail nous a bien sûr amené à nous pencher sur le cas des collections de CD : face à la baisse des emprunts, faut-il supprimer les collections ? Les offres de musique en ligne représentent-elles une bonne alternative ? Et si, finalement, tous ces bouleversements n’étaient pas le signe de la fin de quelque chose, mais du début d’une nouvelle phase?
Loin d’avoir épuisé toutes ces questions, nous vous livrons ici quelques uns de nos éléments de réponse.

16 Commentaires

  1. Albert says:

    Intéressant, même si un peu partisan. Une question n’est cependant pas évoquée : l’empowerment des artistes via le streaming et le numérique et sa conséquence logique : il y a de plus en plus d’artistes qui n’éditent plus de CD.
    S’accrocher au support ne risque-t-il pas de nous éloigner des artistes eux-mêmes ?

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    • Jonathan says:

      Je n’ai pas l’impression qu’on s’accroche aux CD. Ils sont encore la colonne vertébrale de la distribution en France. Ça n’empêche pas de proposer des solutions « alternatives » plus en adéquation avec les pratiques. Maintenant, les ressources numériques disponibles en bib. ne sont pas la panacée, loin de là, mais la tendance reste présente.

      Rien n’empêche de diffuser et valoriser les créations exclusivement en ligne.

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    • Catherine Benod says:

      Plus que de s’accrocher au CD, notre idée est plutôt de ne pas se précipiter dans sa suppression pour ne pas laisser sur le carreau une partie du public qui n’est pas passée au numérique (ou qui n’y a pas accès).
      La question de la rémunération des artistes est un vrai sujet que nous n’avons pas pu creuser faute de temps (à l’exception de l’expérience d’1D Touch). Mais il y a peut être d’autres moyens pour les bibliothèques de soutenir les artistes que les acquisitions ? Je pense notamment à l’organisation de concerts, aux résidences d’artistes, ou plus simplement à leur valorisation en ligne comme l’évoque Jonathan.

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  2. Editer un CD reste encore pour beaucoup d’artistes un passage obligé, une carte de visite nécessaire pour se faire connaître auprès des médias, des tourneurs, …. Aujourd’hui le streaming surexpose une certaine catégorie d’artistes essentiellement le rap. Le vinyle et la cassette audio restent les supports privilégiés de certaines esthétiques musicales : électro, pop et rock indés, ou d’une mode vintage (oldies but goldies) … Côté public, restent aussi les personnes peu ou pas connectées, ou qui n’ont pas adopté les nouvelles pratiques d’écoute : pour écouter de la musique sur Spotify et Deezer il est nécessaire de se créer un compte, pour ensuite on accède à un catalogue de millions de titres, et alors que choisir… Arrêtons de mettre en concurrence numérique et collections physiques, les deux modes d’écoute et les deux offres sont complémentaires et restent nécessaires en médiathèque. Il faut évidemment ouvrir grand la porte à d’autres formes de médiation (notamment numérique) et d’autres formes d’action en faveur de la musique en médiathèque (éveil musical, MAO, musique vivante, accompagnement de la pratique amateur, …).
    Merci aux auteurs de l’article d’avoir mis en évidence ce constat : « Collections peu désherbées, manque de médiation appropriée, coût de l’abonnement: les facteurs de la baisse d’emprunt sont nombreux ».
    NB

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  3. Albert says:

    @nicolas : « surexpose une certaine catégorie d’artistes essentiellement le rap ». Ce n’est pas l’avis de certaines experts, qui au contraire, considèrent que le rap était sous-exposé auparavant. A mon niveau, je ne sais pas.
    Mais la série d’articles sur « Les Jours » sur le streaming, les radio et l’industrie du disque est passionnante et très éclairante. Et un parallèle est largement fait avec la génération yéyé, que l’on a sur le coup réduit à un genre musical, alors qu’il s’accompagnait d’une révolution technologique et sociologique.

    Complétement d’accord sur la fin du commentaire en revanche.

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  4. @albert le hip-hop et le rap sont surexposés sur les plateformes de streaming, c’est un fait établi et analysé notamment par Sophian Fanen dans Les Jours : https://lesjours.fr/obsessions/la-fete-du-stream-3/ep6-rap-1/# https://www.melty.fr/pnl-booba-soprano-nekfeu-le-streaming-a-t-il-sauve-le-rap-francais-a593163.html on a même constaté de la triche sur les statistiques réelles d’écoute : https://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20170202.OBS4755/streaming-de-musique-tricher-plus-pour-gagner-plus.html. Mais évitons le hors-sujet, ainsi qu’une polémique inutile, oui le rap est la musique la plus écoutée par les jeunes générations, et ce genre musical doit être pleinement représenté dans les médiathèques. Merci d’ailleurs à BMOL et à Jérôme Lamour ne nous avoir fait découvrir d’autres artistes Hip-hop moins médiatisés de ka scène française, autant de références pour enrichir nos collections. http://www.acim.asso.fr/2017/04/2017-annee-hip-hop/

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  5. Hervé Guilleminot says:

    Assez peu convaincu par cet argumentaire, qui s’arqueboute encore sur la « défense et illustration du Compact-Disc ». Quelques constats :
    – « on » n’a pas prévu la disparition du CD depuis 10 ou 15 ans. Quelques journalistes en mal de sensation l’ont affirmé vers 2005, mais depuis le CD a maintenu… sa lente détérioration des ventes. Il est encore là, mais franchement a-t-on envie de se battre pour un objet dont les ados rigolent ?
    – vous êtes timides sur le sujet, mais YouTube est aujourd’hui LE média musical par excellence entendu par tous les publics (y compris jeunes, donc le public qui écoute majoritairement de la musique) par sa facilité, sa sérendipité, la facilité d’utilisation de ses playlists et de ses chaines, sa richesse incommensurable (faites un test sur des disques ou artistes rares, c’est impressionnant). Je n’évoque même pas Deezer ou Spotify que je connais très mal.
    – oui, le CD est en perte de vitesse partout (disquaires en berne, vinyl feu de paille, lecteurs CD rares en Fnac/Darty et autres, prêts en chute libre en médiathèque). Est-ce une honte de le constater ? Non. C’est un fait. C’est une évolution de la société vers le numérique et la gratuité ou quasi gratuité. Est-ce pérenne ? Sans doute, sans doute pas, mais le grand public se fiche de ce débat : il profite de ce qu’il a sous les oreilles, point barre.
    – problème d’attractivité des médiathèques. Il manque beaucoup de chaleurs à nos chères médiathèques, beaucoup de conseil et de médiation. C’est aussi un fait. Trouve-t-on des livrets d’initiations (ex : la techno en 100 titres ?, le rock des 70’s en 50 artistes ?, etc), des conférences, des blind-tests ? La réponse est souvent : non.
    – la musique est aujourd’hui nomade. On veut l’écouter partout (transports, bureau, maison, sport, etc…). Le fichier numérique, n’en déplaise aux ayatollahs de la qualité sonore, est un indéniable atout (un fichier mp3 très correctement encodé fait quasi parfaitement l’affaire, surtout sur du Skrillex ou du Rihanna, je ne parle pas de Ravel ou Bruckner évidemment, là il suffit d’augmenter la capacité de mémoire de son smartphone et d’encoder en FLAC ou lossless, ce n’est pas sorcier).
    – elle est même nomade à la maison : les dernières enceintes Bluetooth (dont on trouve des produits de réelle qualité à partir de 200 euros) conviennent pour qui veut se balader chez lui avec sa musique.
    – solution pour les discothécaires ? ne plus s’appeler discothécaire mais médiateur musical. C’est tout. Donc sortir de son petit comptoir de prêt et jouer au journaliste musical qui transmet sa passion via du rédactionnel, un blog, des conférences, des blind tests, des concerts, etc…. On passe du documentaliste au « live ». Certes il faut s’accrocher pour ensuite convaincre sa mairie qui garde un œil sévère sur les Excel de prêts et de commandes CD, mais le jeu en vaut (encore) la chandelle.

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    • Jonathan says:

      Point besoin de s’arquebouter sur le support, les pratiques changent évidemment. Et les médiathèques doivent y répondre au rythme des changements de ses publics.

      Les adolescents rient des CDs. Ok, pour certains, ils ne savent pas se servir d’une platine. Mais les adolescents empruntaient-ils énormément de CDs quand il n’y avait que ça ..? Pas sûr.

      Nos publics observent les changements et y souscrivent progressivement, plus lentement encore que l’industrie musicale. Est-ce qu’on doit radicalement envisager d’arrêter l’achat de CDs pour passer à tout autre chose ? Pas sûr.

      On accompagne les changements, dans le but unique de pouvoir transmettre la musique dans les meilleures conditions, au plus grand nombre, à LEUR rythme, pas à celui de la médiatisation numérique.

      Oui, le MP3 a été une révolution. Le téléchargement au titre aussi dans une certaine mesure. Le streaming également. Et ce n’est pas fini, il y en aura d’autres des révolutions dans ce domaine. Et c’est très bien.

      Médiateur musical, c’est déjà le métier qu’on pratique, peu importe le nom. Le sempiternel cliché du discothécaire bougon bloqué derrière son bureau qui grogne à la moindre question ou souffle quand on lui demande un casque d’écoute, ça fait un bail qu’il n’a plus lieu d’être dans la majorité des médiathèques.

      De la découverte des genres les plus obscurs, aux concerts improbables en passant par des ateliers, des sélections pointues, du digging de raretés en passant par la promotion de petits labels, de partenariats croisés, d’artistes autoproduits, les qualités du professionnel sont déjà à l’oeuvre très souvent.

      Nota : Ma bib. n’a jamais prêté autant de CDs depuis plus d’une décennie. Anachronisme ou relativisation du temps numérique ?

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  6. OLIVIER TIBI says:

    Il est mentionné à la page 4, avant dernier paragraphe que les délais des nouveautés chez musicMe Pro peuvent aller jusqu’à plusieurs mois.

    Je vous avoue être étonné de cette information car elle est fausse et je ne sais pas d’où sort ce renseignement sachant que l’ingestion numérique de nos différents catalogues (Majors & labels indépendants) se fait en général de manière hebdomadaire. Il arrive parfois dans l’année par rapport à l’activité des artistes et de leurs maisons de production que leurs nouveautés sortent tous les 15 jours mais elles ne dépassent rarement un mois.

    Par ailleurs, étant également prestataire de téléchargement numérique, nous numérisons régulièrement des albums et nous les proposons sur notre plateforme de distribution avant même qu’ils sortent dans les bacs.

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    • Catherine Benod says:

      Bonjour,

      Cette information est issue des entretiens que nous avons passés avec plusieurs discothécaires au cours de notre stage. Ils nous ont fait quasi unanimement part de leur difficulté à utiliser les webradios de MusicMe pour élaborer des playlists de nouveauté, car ils ne trouvent pas les titres qu’ils cherchent. Plusieurs ont évoqué ces délais de mise en ligne. S’il s’avère que cette information est fausse nous nous en excusons. Elle reflète en tout cas le ressenti et l’expérience vécue par les usagers de la plate-forme.

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