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Elments discographiques sur la Mditrrane

jeudi 28 février 2002, par La Rdaction

Cette discographie vous propose un parcours musical un peu inattendu dans le Bassin Mditerranen

Discographie : Musiques mditerranennes

Cette discographie sur les musiques mditerranennes suit une logique gographique particulire. En effet, elle commence son voyage musical Venise. Bien que n’tant pas sur la Mditerrane, Venise a la particularit d’tre proche de Mare Nostrum et d’avoir des ressemblances avec celle-ci. Venise est une ville de confluences, de commerces, de raffinements et a une histoire charge en tous points, au mme titre que la mer qui nous occupe.

En partant de cette ville, et si l’on veut faire le tour du bassin mditerranen, alors on est oblig de partir l’est, o l’on peut croiser les diffrentes rpubliques de l’Ex-Yougoslavie, l’Albanie, la Grce, la Turquie, Isral, l’Egypte, l’Algrie, le Maroc, l’Espagne et enfin Marseille. Marseille, comme Venise, Istanbul, le Caire ou encore Casablanca, est une ville de mlanges, marque par les diverses migrations, les changes commerciaux et culturels anciens.

Le choix des rfrences s’est limit des styles musicaux mconnus ou inattendus. Toutes les rfrences sont bien distribues. La discographie n’est videmment pas exhaustive, puisque le sujet est minemment vaste. Bonnes dcouvertes, bonnes coutes.

ITALIE

« Abed Azri : Venessia ». L’empreinte digitale 2000.

Les modes s’emmlent et la tradition est respecte. La complexit rythmique et modale est telle qu’on ne sait plus qui des polyphonies ou de l’instrumentation est le plus prsent. Toutefois, l’utilisation du vntien et la voix, presque perverse, de Christiane Legrand nous rappellent le merveilleux talent d’Abed Azri. Comme le dit Amin Maalouf : « Venessia, […], ville-femme, ville-desse, ville-prostitue, chanon de chair et d’or entre l’Orient et l’Occident ». « Venessia » est une œuvre lancinante, sensuelle et fascinante qu’on aurait tort d’ignorer.

CROATIE

« Dialogos : Terra Adriatica ». L’empreinte digitale 1999.

O l’on constate que les changes musicaux entre les deux bords de l’Adriatique furent fconds ds le XIIe sicle. C’est dans un voyage travers les chants grgoriens et glagolitiques que ce disque nous emmne. Le glagolitique est une forme d’criture introduite au IXe sicle dans les communauts slaves des Balkans pour les besoins de l’vanglisation. La ressemblance entre les chants italiens et croates est si frappante qu’on ne sait, parfois plus, en dfinir l’origine exacte.

SERBIE ORIENTALE

« Les bougies du paradis ». Ocora. Cop. 1992.

Ce disque de collectage aborde trois moments de la vie paysanne et musicale dans cette rgion particulire. Les collectages ont t oprs dans des villages Vlasi (nom donn aux habitants de la rgion) en 1970 et 1978 et ne concernent que les musiques de danse, de noce et rythmant la vie pastorale. On constate une vraie virtuosit des musiciens aussi bien dans l’improvisation que dans les morceaux normatifs, et ce, quelque soit l’instrumentarium.

ALBANIE

« Tirana, xhevhir : chants des minorits albanaises ». Iris 1999.

L’Albanie, « le pays des aigles », le pays de toutes les rsistances, des chants piques et hroques. Mais aussi le pays de bektachis, cette communaut soufie considre par ses adeptes comme un pont entre l’islam et le christianisme. Ici le chant prend toute son importance lorsqu’il rappelle la rudesse, la douceur et la fiert des montagnards xhevhir (de l’arabe : jawahir, le diamant). Il raconte l’histoire du peuple albanais et en transmet les facettes si particulires.

GRECE

« Niki Tromba, Ross Doly : At the caf Aman ». Network 1998.

Niki Tromba, Ross Doly & Labyrinth interprtent un type de chant plus ancien que le rbetiko actuellement connu puisque leur rpertoire est constitu de chants traditionnels greco-turques datant d’avant les bouleversements historiques qui nous interdisent tous parallles entre la Turquie et la Grce.
C’est pourquoi on remarque surtout les formes orientales dans la musique et dans le chant. Ici le bouzouki n’a pas sa place, puisque l’instrumentarium traditionnel est constitu d’un daf (tambour rond sur cadre), d’une cithare kanun, d’un oud et d’une vile komnche.

TURQUIE

« Talip zkan : l’art du tanbr ». Ocora 1994.

Avec Talip zkan on entre de plein pied dans la musique orientale et moyen-orientale puisque les rfrents sont dj diffrents des ntres, mais que l’interprtation reste trs occidentale. En effet, dans le pourtour mditrranen europen, on se rfre plutt des musiques citadines ou paysannes. Dans les deux cas, on a des musiques profanes ou religieuses. Et en Turquie toutes ces notions coexistent.

Le makam est une structure codifie dans laquelle l’improvisation est libre et obligatoire. Il a t labor par une communaut mystique, mais ne peut tre jou que dans un cadre profane. C’est dans cet art que Talip zkan excelle avec son tanbr.

ISRAEL

« Ora Sittner & Youva Micenmacher : chants hbreux d’Isral et d’Orient ». Al Sur 1995.

Ces enregistrements sont des rinterprtations de chants traditionnels et religieux hbreux spharades et ymnites. La voix et la percussion se mlent, dansent, s’loignent et se mlangent. Mme si l’interprtation semble prendre des liberts incongrues, la tradition est respecte puisque la codification de la musique de culte passe par les taamim qui ne fournissent que la courbe la cantillation. L’interprtation est donc libre. La percussion utilise est parfois un zarb, un bendir, un daf voire une jarre frotte.

Ce percussionniste nous interroge : jusqu’o peut-on dire en frappant ?

EGYPTE

« The Musicians of the Nile : Luxor to Isna ». Real World 1989.

Comme on le sait, les gitans viennent d’Inde. Entre l’Europe et l’Inde, il y a aussi l’Egypte. Ce disque est donc un disque de gitans d’Egypte. En Egypte, comme dans de nombreuses socits, la musique traditionnelle est interprte par les ethnies minoritaires. Les musiciens du Nil interprtent des pomes piques d’influences soudanaise et syrienne. On retrouve la trace indienne essentiellement dans l’instrumentation (tablas) et dans le jeu des vents.

ALGERIE

« Alla : Foundou de Bchar ». AL SUR 1993.

En matire de musique traditionnelle du maghreb, un disque de soliste est une sorte d’hrsie. Mais Alla est un musicien particulier. En effet, puisqu’il est originaire de Bchar (Sahara, 900 km de la Mditerrane), il a un jeu particulier : une sorte de synthse entre le jeu oriental et le jeu africain. Bchar est une ville proche du Maroc, Alla est donc trs influenc par le melhoun marocain (posie lyrique amoureuse). Son jeu l’oud est extrmement doux et raffin, il chappe aux schmas de la musique arabe. L’espace d’Alla et de son oud est prcisment celui du nomade…

MAROC

« Emil Zrihan : Ashkelon ». Piranha [2000].

Les musiques arabes et juives reprsentent des sicles de traditions musicales et potiques, elles ont t puises dans Al Andalus de laquelle manait une inspiration cratrice qui s’est rpandue dans tout le bassin mditerranen.

Emil Zhrihan chante lors des offices religieux, sa voix de contre tnor a une porte vocale extraordinaire.
Ce disque comporte deux parties. La premire se consacre la pratique contemporaine au Maroc et la deuxime la tradition judo-marocaine, dans laquelle Emil Zhrihan excelle, puisque son tendue vocale est particulirement adapte aux mawals.

ESPAGNE

« Micrologus : Cantigas de Santa Maria ». Opus 111. 1998.

Les « Cantigas de Santa Maria » ont t conues comme une offrande la Vierge. C’est un ensemble de 427 compositions lyriques crites sous le patronage d’Alphonse X Le Sage qui furent archives Tolde, Sville et Murcie. Elles tmoignent de l’imaginaire de l’Espagne mdivale et sont considres comme l’œuvre originelle des musiques chrtiennes d’Al Andalus. Elles sont donc proches des musiques spharades du Moyen-Age. L’ensemble Micrologus utilise des rpliques fidles des instruments du Moyen-Age et s’appuie sur des recherches approfondies portant sur les sources et l’organologie spcifiques au Moyen-Age.

FRANCE

« Gacha Empega : Polyphonies marseillaises ». L’empreinte digitale 1998.

Marseille ! La ville de tous les mlanges. La ville franaise qui fait frontire avec toute la mditerrane. Ce disque, comme Marseille, est un chaud mlange pic. La tradition est, encore une fois, matine de modernit russie. En effet, les polyphonies sont la forme traditionnelle des chants de travail. Gacha Empega est un groupe constitu de trois personnes qui chantent et qui jouent des percussions traditionnelles communes tout le pourtour mditerranen (tambourin et bendir). Par contre leur rpertoire, bien qu’en langue provenale, est compltement d’actualit puisqu’il traite des quartiers Nord, du Cours Belzunce, bref de la vie marseillaise contemporaine.

discographie propose par Arnaud Chepfer

Index

- Al Andalus :
Dnomination historico-gographique qui dfinit l’Espagne occupe par les Arabes. Cette contre, qui couvrait une grande partie de la pninsule Ibrique, a favoris l’essor de la civilisation arabe en la portant son apoge, du Moyen-Age la chute de Grenade en 1492. Elle tait caractrise par sa grande tolrance aux trois religions du livre, la philosophie et aux musiques religieuses ou profanes.

- Bektachi :
Ordre derviche connu depuis le dbut du XVIe sicle. La dernire confrrie de Bektachi a t supprime en Albanie en 1957.

- Bendir :
Grand tambour rond, peau tendue sur cadre, caractristique du monde mditerranen et plus particulirement du monde arabe.

- Bouzouki :
Luth grec caisse piriforme. Il occupe une grande place dans la varit grecque contemporaine.

- Daf (= duff) :
Terme gnrique pour dsigner le tambour sur cadre des musiques arabo-andalouses, avec ou sans cymbalettes.

- Glagolitique :
Dfini une criture introduite au IXe sicle dans les communauts slaves des Balkans pour les besoins de l’vanglisation.

- Makam (= maqam) :
Forme musicale structure modale.

- Mawal (= maoual) :
Forme vocale.

- Malhoun (= malhn ou malhoun) :
Pome lyrique marocain. Genre traditionnel populaire et urbain au Maroc. Son lien avec l’art arabo-andalou est de plus en plus admis.

- Oud (= ud) :
Luth arabe manche court et caisse renfle de quatre cinq double cordes, jou avec un plectre.

- Rebetiko :
Sorte de bues des voyous grecs des annes 20 et 30, jou dans les bars louches du Pire. Souvent censur et ignor, il revient depuis les annes 60.

- Spharades :
Juifs originaires du pourtour mditerranen. Issus des Juifs qui durent quitter Al Andalus au XVe sicle la chute de Grenade en 1492.

- Soufi :
Courant mystique de l’islam n au VIIIe sicle.

- Taamim :
Symboles de cantillation dans la Torah. Ils guident le lecteur (ou le chanteur) dans l’appropriation de la musique, ou dans le chant des mots dans la Torah.

- Tablas :
Couple de percussions caisses mtalliques et membrane de l’Inde du Nord.

- Tambr (= tanbur ou tanbr) :
Luth long manche, trs utilis dans la musique savante turque.

- Kamantcha (= Kemantch, Kamamga) :
Vile trois cordes munie d’une caisse de rsonance sphrique. Prsente en Turquie, au Kurdistan, en Iran et en Afrique mditerranenne.

- Kanun (= Kanon, qanoun, quanun, qnn) :
Cithare sur la table, monte d’une centaine de cordes, trapzodale, dont le chevalet repose sur une peau tendue. Les vibrations sont obtenues par des onglets mtalliques fixs aux doigts. Prsente au Proche et Moyen-Orient.

- Zarb (= tombak) :
Tambour en gobelet fait en bois. D’origine iranienne.

Sources bibliographiques

- « Les musiques de l’humanit/M.Malherbe et A. Rosa de Poullois ». Critrion, 1997.

- « Percussions et rythmes du monde/T. Klwer ». Binkey Kok Publication, 1998.

- « Le dico des musiques/J.M. Leduc ». Seuil, 1996. Coll. Les dicos de Point Virgule.

- « La musique arabe/H. Hassan Touma ». Buche Chastel, 1997. Coll. Les Traditions musicales.

- « La musique arabo-andalouse/C. Poch ». Actes Sud, 1995 . Coll. Cit de la Musique.

- « Le petit Mourre, dictionnaire de l’Histoire/M. Mourre ». Larousse, 2001.

- « Le petit Larousse grand format ». Larousse, 1993.

- CD-Rom Bibliorom.

Sites

- allmusic
- irma : glossaire des instruments de musiques traditionnelles.

- Moteur de recherche : google