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La musique franaise au Moyen ge

La musique et son contexte en France : 1re partie : Du chant grgorien la polyphonie franco-flamande

vendredi 12 avril 2002, par Nicolas Blondeau

Histoire de la musique franaise l’poque mdivale

Moyen-Age sacr et Moyen-Age profane

Le Moyen Age est une poque immense et complexe de plus d’un millnaire.

Il commence avec la chute de l’empire romain d’Occident (au Ve sicle, en 476) et s’achve au XVe sicle, avec, au choix :
- l’invention de l’imprimerie en Europe (1450-1456), ou
- la prise de Constantinople par les Ottomans (les Turcs) en 1453 (beaucoup de grecs instruits viennent alors s’installer en Italie apportant avec eux leur patrimoine littraire), ou encore
- la dcouverte de l’Amrique par Christophe Colomb en 1492.
- La fin de la Reconquista, terme espagnol signifiant « reconqute » et dsignant la lutte des royaumes chrtiens d’Espagne et du Portugal pour chasser les Maures de la pninsule Ibrique, au Moyen ge. La prise de Grenade en 1492 signifia la fin de la prsence arabe et juive en Espagne.

Les dbuts

Clovis Ier (v. 465-511), roi des Francs (481-511) est le vritable fondateur de la dynastie mrovingienne.

Il est souvent prsent dans la tradition historique franaise comme l’anctre de la nation, et dans la littrature religieuse, comme celui qui, de par son baptme, a fait de la France la « fille ane de l’glise ». Cependant il demeure un personnage mal connu. Entre 495 et 505, Clovis se fait baptiser Reims par l’archevque Remi, et associe pour longtemps l’Eglise catholique et les Rois de France.

Le chant grgorien : le ciment de la liturgie

Appel galement chant ecclsiastique ou plain-chant, c’est le chant de la liturgie catholique romaine dont les textes sont extraits des saintes critures. Cette tradition musicale des sources multiples venant de Syrie, de Palestine, de Grce antique et de Rome .Le chant grgorien est monodique (tous les moines chantent l’unisson), et sans accompagnement instrumental.

Pourquoi « grgorien » ?

Parce que l’on attribue sa cration au pape Grgoire 1er (540-604), qui n’est pas compositeur, mais qui aurait dcid de collecter tous les chants liturgiques chants aux 4 coins de l’Europe. Il aurait ainsi effectuer sa slection, et estampiller de grgoriens tous les chants qui lui convenaient. Deux sicles plus tard, en 813 Charlemagne, au concile de Tours, impose le grgorien tout l’Empire, contre d’autres formes de chant ecclsiastique de rite non romain, comme le chant mozarabe d’Espagne, le chant celtique d’Irlande, le chant ambrosien au Nord de l’Italie, ou le gallican de Gaule.
C’est partir du IXe sicle que l’on trouve sa trace dans les manuscrits liturgiques.

Le chant grgorien se pratique et se perptue ainsi jusqu’au Xe sicle.
Il sera sap de l’intrieur par :

- les sophistications progressives de la polyphonie : ars antiqua, ars nova et cole franco-flamande et

- les nouvelles influences musicales , ainsi que les nouveaux instruments cordes et vent que les troubadours rapporteront des croisades.

Pour l’heure, la musique grgorienne est "rcitative", elle reste insparable du texte.

Extrait n° 1 : Iudaea et Ierusalem
rf. : Cantus Aeternus : Splendeur du chant grgorien / par le Chœur des moines de l’Abbaye de Solesmes ; sous la direction de
Dom Joseph Gajard. - Accord : Musidisc, 2001

"Terre de Jude et vous Jrusalem, ne craignez pas ; demain vous serez dlivrs, et le Seigneur sera avec vous. Sachez attendre et vous verrez le Seigneur venir votre aide, Gloire au Pre."

On peut comprendre dj dans les paroles, un appel aux croisades.

Des travaux de recherche approfondis pour retrouver les sources du plein-chant sont entrepris en France entre 1870 et 1880 par un groupe de moines bndictins de l’abbaye de Solesmes.

Pour aller plus loin : on pourra visiter les sites suivants :

- The Gregorian Chant Home Page sur le site de l’Universit de Princeton (USA)

Ne pas confondre Grgoire 1er et Grgoire XIIIe, rformateur du calendrier en 1582

Les troubadours et les trouvres : auteurs et compositeurs en langues d’Oc et d’Ol

Le Moyen Age voit galement s’oprer de profonds changements linguistiques : on passe du latin classique l’ancien franais, aprs une priode de transition par le roman.

Les premiers documents connus, crits en roman sont :
- un texte politique datant de 842, le texte des Serments de Strasbourg, prononcs par les petits-fils de Charlemagne : Charles le Chauve et Louis le Germanique lors du partage de l’empire. (dj l’amiti franco-allemande !)

Voici le texte en langue romane :

"Pro deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d’ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son frada salvar dift, in o quid il mi altresi fazet et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui, meon vol, cist meon fradre Karle in damno sit."

Et sa traduction en franais d’aujourd’hui :

"Pour l’amour de Dieu et le salut commun du peuple chrtien et le ntre, partir d’aujourd’hui, autant que Dieu me donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frre Charles par mon aide et en toute chose, comme on doit justement secourir son frre, condition qu’il fasse de mme pour moi, et je ne prendrai jamais aucun arrangement avec Lothaire, qui, de ma volont, puisse tre dommageable mon frre Charles."

- un document religieux, connu sous le nom de Cantilne de sainte Eulalie, crit aux environs de l’an 878. Dont voici le dbut du texte :

"Buona pulcella fut Eulalia. Bel avret corps, bellezour anima.
Voldrent la veintre li Deo inimi, Voldrent la faire diaule servir..."

"Eulalie tait une bonne jeune fille. "Elle avait le corps beau et l’me plus belle encore.
Les ennemis de Dieu voulurent la vaincre ; Ils voulurent lui faire servir le Diable."

partir du IXe sicle, on dcle une ligne de dmarcation linguistique correspondant au trac de la Loire et sparant la langue d’ol, au Nord, de la langue d’oc, au Sud.

La langue d’oc comprend de trs nombreux dialectes : provenal, languedocien, gascon, limousin, auvergnat, dauphinois et savoisien.

Les troubadours et la langue d’oc

Le mot « troubadour » appartient la langue d’oc : il dsigne les potes du Sud de la Loire.

Troubar, ou trouver signifie : composer des vers.

Les troubadours sont des potes lyriques qui accompagnent leurs pomes de musique.

Ils exercent leur art auprs des grands seigneurs du sud de la France, entre la fin du XIe sicle jusqu’ la fin du XIIIe sicle.

Le mot « trouvre », qui signifie la mme chose en "ol", dsignera les potes du Nord de la Loire, hritiers des troubadours.

La plupart des troubadours sont l’origine, non pas des baladins itinrants, mais des seigneurs, certains comme Guillaume IX d’Aquitaine, possdant mme le titre de prince ou de roi.

La cour d’Alinor d’Aquitaine et celle des comtes de Toulouse apparaissent comme les plus brillantes en matire de posie.

Les pomes lyriques des troubadours, nouveaux par leur forme, leurs mlodies et leurs rythmes, restent parmi les premiers textes crits en langue d’oc.

La posie des troubadours clbre l’amour courtois, et manifeste l’idal chevaleresque.

Ces pomes peuvent prendre diverses formes :

- le canso (chanson strophes),
- le tenso (dialogue ou controverse),
- le sirvente (canso politique ou satirique), le planh (complainte ou chant funbre),
- l’alba (chant matinal),
- et la serena (chant du soir).

La posie courtoise des trouvres et des troubadours est contemporaine des Croisades. Rappelons que les croisades furent des expditions militaires entreprises par les chrtiens d’Occident partir de 1095, habituellement la demande du pape, pour soustraire la domination des musulmans les lieux saints de Palestine, et notamment le tombeau du Christ Jrusalem. Les croisades, au nombre de huit, se sont acheves en 1270.

2 troubadours :

- Jaufr Rudel (1125-1148) troubadour

J. Rudel est le plus ancien troubadour dont on a pu conserv un nombre consquent de ses œuvres : 6 pomes et 4 mlodies. Au Moyen Age sa vie est l’objet d’une biographie lgendaire (Vida)

"Jaufres Rudels de Blaia si fo mout gentils hom, princes de Blaia. Et enamoret se de la comtessa de Tripol, ses vezer, per lo ben qu’el n’auzi dirc als pelerins que venguen d’Antiocha."

Seigneur de Blaye (Gironde), Jaufr Rudel part pour la 2e croisade en 1147 (emmene par Charles VII, roi de France et Conrad III, empereur du Saint Empire germanique). Il fait partie de la premire gnration des troubadours. Il mne une vie mouvemente, dont une partie appartient peut-tre la lgende : il tombe amoureux de la princesse de Tripoli (Liban), se languit d’elle toute sa vie, et finit par la rencontrer pour mourir dans ses bras.

Extrait n° 2 : No sap chantar

Une belle lamentation sur l’amour lointain et la sparation : « Que nul ne s’tonne mon sujet / Si j’aime ce que jamais je ne verrai » Remarquer le verbe « trobar » = trouver : faire des vers, crer de la posie

- Giraut de Bornelh (...1150-1220...) troubadour

Il est originaire de la rgion d’Excideuil (Prigord vert) ; les dates de sa vie sont incertaines (entre 1140 et 1240)

De modeste condition, Giraut de Bornlh devient le troubadour le plus rput de son temps, comme en tmoignent le nombre important de posies transmises par les chansonniers et la protection que lui accordrent des grands seigneurs de l’poque :
Ademard V, vicomte de Limoges, Alphonse III de Castille, Alphonse II d’Aragon.

Il participe la 3e croisade (1189 - 1192) avec Richard Coeur de Lion, Philippe Auguste, Frdric Barberousse, l’empereur allemand, et sjourne la cour d’Antioche (Turquie). En somme, un contemporain de Robin des Bois !

Il laisse une œuvre d’environ 81 chansons et autres textes, ainsi qu’une aube clbre "Rei glorios..."
Il apparat aussi l’aise dans le genre lger et facile (trobar plan), que dans la posie la plus sophistique et hermtique (trobar clus).

"Son inspiration grave, laborieuse, un peu hautaine, fuit d’instinct la banalit. Surnomm Maistre dels trobadors par ses contemporains, tenu en haute estime par le grand pote italien Dante Alighieri (1265-1321), il demeure l’un des grands potes occitans." (Ren Nelly)

Extrait n° 3 Reis glorios

Pour aller plus loin au sujet des troubadours :

Troubadours : une liste de textes de troubadours.

Troubadours and jongleurs : une liste tendue de troubadours dont on a pu conserver les oeuvres.

Les trouvres et la langue d’Ol

Sous le terme de langue d’ol, on rassemble diffrents dialectes dont les principaux sont :

- le normand l’ouest,
- le picard et le wallon au nord,
- le champenois, le lorrain et le bourguignon l’est,
- et au centre le francien (dialecte de l’le-de-France).

Ces dialectes vont constitueront les bases de l’ancien franais.
L’unification d’un modle linguistique commun et unique tout le royaume s’effectue partir du domaine d’ol, plus proche du pouvoir central.

Les trouvres qui composent les chansons de geste et la posie de cour sont influencs par les troubadours qu’Alinor d’Aquitaine, aprs son mariage avec Louis VII, a emmens avec elle Paris. Les trouvres, dont le plus clbre demeure Adam de la Halle, adaptent les œuvres des troubadours, tout en crant leur propre genre, en crivant sur le thme de « la fine amor ».

Avec les trouvres, musique et posie restent intimement lies. La posie se dtachera du chant seulement vers la fin du XIIIe sicle.

Adam de la Halle (n Arras en 1245-mort Naples1287) trouvre franais

Il fait partie de la compagnie des jongleurs d’Arras. Il entre au service de Robert II d’Artois qu’il suit en Italie. Outre l’auteur de chansons, de motets, de rondeaux, il restera comme l’auteur de deux œuvres dramatiques, particulirement importantes dans l’histoire du thtre mdival : Le Jeu d’Adam ou de la feuille et le jeu de Robin et de Marion

Extrait n° 4 : Le jeu de Robin et de Marion (plage 1 : 2’40)

Li chevaliers : Bergiere diex vous doinst bon jour

Marions : Diex vous gart sire

Li chevaliers : Par amour
douche puchele or me conts
Pour coi ceste canchon cants
Si volentiers et si souvent
H : robin se tu m’aimes
Par amours maine m’ent

...

Cette œuvre se rattache au thme de la pastourelle ou pastorale.

La pastourelle est une chanson dans laquelle le pote gentilhomme raconte sa rencontre avec une bergre dans la campagne, alors qu’il se promne cheval ; il narre les pisodes de sa tentative de sduction et le succs qu’il en tire, bon ou mauvais suivant les cas.

Rsum du jeu de Robin et de Marion :

Une jeune bergre, Marion (Marotte), rve dans un champ son promis, le jeune et beau Robin.
Arrive alors un chevalier, parti la chasse avec son faucon ; apercevant la belle, il l’aborde et lui propose une escapade. Marion refuse, et le chevalier s’loigne.
Marion part alors chercher de l’aide : elle appelle Robin et ses amis, Gautier, Baudon et Peronelle.
Le chevalier revient et enlve Marion sans que Robin ni ses amis interviennent. Appeurs par le chevalier, Robin et ses amis prfrent se cacher.
Marion, ne pouvant ds lors compter que sur elle, arrive se dbarrasser toute seule du chevalier.
Elle retrouve ses amis et, pas rancunire, dcide de faire la fte avec eux. Curieuse morale !

Pour retrouver le livret avec la partition :

LI GIEUS DE ROBIN ET DE MARION

Une autre dition avec enluminures :

Le Jeu de Marion et Robin Bibliothque Mjanes (Aix-en Provence)

L’ars antiqua : L’cole de Notre-Dame : naissance de la polyphonie

On pourrait rsumer l’volution de la musique vocale sacre au Moyen-Age, en la comparant l’volution de l’architecture de la mme poque. Les glises romanes de style sobre et dpouill vont peu peu laisser place aux cathdrales gothiques, au style flamboyant et foisonnant. En musique, la pratique du plain-chant va s’effacer progressivement au profit d’une polyphonie aux audaces de plus en plus exubrantes et luxuriantes.

Oeuvre anonyme (850-900) : extrait du trait "Enchirias Musices"

L’organum est la 1re manifestation de la polyphonie occidentale. Les carts autoriss sont la quarte, la quinte ou l’octave.

L’ars antiqua (art ancien) signifie l’apoge de la premire polyphonie au XIIe et XIIIe sicle notamment par les compositeurs qui travaillaient la Cathdrale de Paris.

Extrait n° 5
Lonin (Leoninus) (1140- ?) : l’organum mlismatique

Premier grand reprsentant de l’Ecole de Notre-Dame. Il est le plus grand compositeur d’organa (organum) de son temps. Ce sont des compositions deux voix. La mlodie du chant tire du rpertoire grgorien est place la basse, elle est lente et solennelle ; elle est appele la « teneur ». La voix dite « organale » au-dessus est plus mobile et rythme, elle brode ; elle dploie des mlismes (plusieurs notes chantes sur une syllabe).

D’o le nom d’ « organum mlismatique » . Lonin prfigure les dveloppements de la polyphonie franaise dont l’apoge sera atteint par l’cole franco-flamande.

Extrait n° 6 : Deum time de Lonin
Protin (XII-XIIIe)

Il remplace Lonin et exerce la cathdrale Notre-Dame de la fin du XIIe environ 1230. Avec lui, l’organum prend de l’ampleur : Protin augmente le nombre de voix dans la polyphonie de 2 4, superposant ainsi jusqu’ 3 parties mlismatiques. La voix principale (la teneur) est toujours choisie dans le rpertoire grgorien.

Il participe au dveloppement d’une forme vocale : le motet. Le motet est constitu d’un psaume (d’o mot-et), ou de paroles de dvotion. Mis en musique, il est destin tre chant l’Eglise.

Protin compose notamment des motets polytextuels (le texte est diffrent pour chaque voix). Cette caractristique consiste superposer plusieurs textes, religieux et profanes, parfois dans des langues diffrentes (latin, franais).

L’utilisation d’un fragment de chant grgorien pour la voix la plus grave va subsister jusqu’ la fin de la Renaissance.

Extrait n° 7 : Mors (=mort)

L’ars nova : les compositeurs ont un nouveau systme de notation

En France, deux personnalits dominent totalement ce XIVe sicle : Philippe de Vitry , thoricien et compositeur, puis Guillaume de Machaut, crivain, pote et compositeur.

Philippe de Vitry (1291-1361)

Il est le grand thoricien de son temps, l’auteur du trait « Ars nova » vers 1325.
Il compose des motets polytextuels et isorythmiques (ce qui suppose la rptition en boucle de schmas rythmiques et mlodiques distincts, mais enchevtrs).

L’Ars Nova va engendrer une vritable rvolution, en proposant un nouveau systme de notation :

- pour les valeurs rythmiques
- pour les indications de mesures
- pour les indications de changement de mode par les couleurs : rouge pour parfait, noir pour imparfait.

Avec ces possibilits d’indication de mesures, l’Ars Nova propose des combinaisons rythmiques complexes.

L’ars nova signe la premire crise morale et politique du Moyen Age : dclin de l’emprise canonique de l’Eglise, et monte de la libert d’expression.

Les innovations de cette musique meuvent ce point les autorits de l’glise que le pape Jean XXII install Avignon, lance en 1324 un appel dont voici le passage essentiel :

« Certains disciples de la nouvelle cole, tandis qu’ils mettent toute leur attention mesurer les temps, s’appliquent faire les notes de faon nouvelle, prfrent composer leurs propres chants que chanter les anciens, divisent les pices ecclsiastiques en semi-brves et minimes ; ils hachent le chant avec les notes de courte dure, trononnent les mlodies par des hoquets, polluent les mlodies avec des dchants et vont jusqu’ les farcir de « triples » et de motets en langue vulgaire. Ils mconnaissent ainsi les principes de l’antiphonaire et du graduel, ignorent les tons qu’ils ne distinguent plus, les confondent mme : sous cette avalanche de notes ; les pudiques ascensions et les discrtes retombes du plain-chant, par lesquelles se distinguent les tons eux-mmes, deviennent mconnaissables. Ils courent sans se reposer, enivrent les oreilles au lieu de les apaiser, miment par des gestes ce qu’ils font entendre. Ainsi, la dvotion qu’il aurait fallu rechercher est ridiculise et la lascivit qu’on aurait d fuir est tale au grand jour... »

Guillaume de Machaut (Reims 1300-Reims 1373)

Machaut est un homme de synthse, dlibrment engag dans le mouvement moderniste. Il demeure aussi le dernier "trouvre", continuant sur le plan littraire l’œuvre des potes courtois.
Attach Jean de Luxembourg, roi de Bohme, dont il sera le secrtaire jusqu’ la mort de ce dernier la bataille de Crcy (1346), Guillaume de Machaut voyagera travers l’Europe avant de se fixer en 1340 Reims.

Il fut aussi au service de : Bonne de Luxembourg, pouse de Jean II le Bon et mre de Charles le Sage, du roi de Navarre Charles le Mauvais, du roi Charles V et du duc de Berry

Il est un matre de la polyphonie et un grand pote. Ses vingt-trois motets, en majorit profanes, souvent de rythmes identiques et trois ou quatre parties, sont crits sur un texte, soit franais, soit latin, voire en superposant les deux langues.

L’unique messe qu’il compose : « La messe Notre-Dame » assurera la prennit de son nom. crite quatre voix, avec, pour certains mouvements, un accompagnement instrumental, elle demeure l’une des premires grouper tous les lments de l’ordinaire du service liturgique : Ite missa est, Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei. En apportant tous ses soins au rythme potique, Machaut contribua acclrer la transformation de la posie lyrique en un genre purement littraire.

Pour accder l’intgralit des textes de Guillaume de Machaud sur le site Medieval.org

Extrait n° 8 : Le jugement du roi de Navarre

L’cole franco-flamande : la premire Renaissance

Ce style est labor par musiciens du XVe et du dbut du XVIe sicle, originaires de la Bourgogne, du Luxembourg, des Pays-Bas, du Nord de la France, de Belgique et de Bourgogne.

Tous ces musiciens parlent franais, latin, italien ou parfois flamand ; au Xve sicle, ils appartiennent la mouvance des Ducs de Bourgogne, et au XVIe sicle, l’empire de Charles Quint.

Cette poque est vraiment charnire : elle se prsente en effet comme un adieu au Moyen Age (elle conserve encore une haute spiritualit et un grand sens du sacr) tout en s’inscrivant dj dans la Renaissance (la culture humaniste y est dj prsente).

Citons dans un ordre chronologique de trs grands musiciens de cette cole franco-flamande :

- Gilles Binchois (1400-1460),
- Guillaume Dufay (1400-1474),
- Johannes Ockeghem (1420-1497),
- Josquin des Prs (Josquin Desprez) (1440-1524),
- Roland de Lassus (1532-1594).

Guillaume Dufay (1400-1474)

Employ la chapelle papale de Rome, puis des ducs de Savoie, avec lesquels il voyage, il se fixe finalement Cambrai pour y passer les trente dernires annes de sa vie. On lui doit la messe de l’homme arm et de nombreux motets.

Extrait n° 9 : O sancte Sebastiane : motet 4 voix (teneur + triplum)

Motet compos en l’honneur de Saint Sbastien sans doute pour conjurer une pidmie de peste.

Gilles Binchois (1400-1460)

Compositeur flamand, il est employ en 1430 par Philippe Le Bon du duch de Bourgogne. Il crit de la musique sacre et des chansons polyphoniques.

Extrait n° 10 : Triste plaisir (Alain Chartier)

Une trs belle chanson pleine d’oxymorons (figure de style consistant runir deux mots antinomiques ou incompatibles) : sur un rondeau de Alain Chartier :

"Triste plaisir et douloureuse joie
Apre douceur, rconfort ennuyeux,
Ris en pleurant, souvenir oublieux
M’accompagnent, combien que seul, je sois,..."

La musique francaise l’poque de la Renaissance (XVIe), au Grand Sicle (XVIIe) et au sicle des Lumires (XVIIIe)

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