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L’indexation analytique des documents musicaux

mardi 14 mai 2002, par Paul Heems

En guise d’introduction



Un large dbat concernant l’indexation alphabtique matire s’est engag au cours de ces dernires annes et plus rcemment sur les listes de diffusion professionnelles. Au travers des diffrents articles et interventions, il apparat de nombreuses disparits de pratiques. Si, dans le domaine du livre, les discussions se situent uniquement au niveau de l’utilit de ce type d’indexation, pour la musique et surtout pour les phonogrammes musicaux, un consensus semble poindre sur la ncessit de recourir une description analytique de l’enregistrement.
Pour cette description, plusieurs mthodes sont utilises : les choix de thsaurus ne sont pas uniformes et le champ Unimarc utilis pour placer les descripteurs n’est pas partout le mme.
Alors que faire ? Car il ne faut pas omettre les diffrentes critiques face ces pratiques ni les limites poses par cette indexation.

Descripteurs & accs



Quelles sont les possibilits offertes pour dcrire un enregistrement ? Quels sont les accs possibles ? Sont-ils suffisants ? Voil les trois questions qu’il convient de se poser avant d’aborder la question de la description analytique. Il faut d’abord savoir ce que l’on veut dcrire : quelle forme et quel contenu ? Pour la forme, les discothcaires sont confronts deux types de supports musicaux : le phonogramme et la partition. Quelle diffrence entre les deux ? Le phonogramme sera le plus souvent une unit (mme s’il s’agit d’un coffret de plusieurs disques) quand la partition pourra tre un groupe de parties. On ne dcrira pas de la mme faon une partition d’orchestre que l’ensemble des partitions des musiciens de cet orchestre. Cette diffrence pourra intervenir dans la description analytique car on pourrait imaginer un accs l’instrument auquel la partition est ddie.

En fait, les diffrences partition/phonogramme interviendront surtout dans l’ISBD. Quels accs nous donne cette ISBD ? Il s’agit d’une description de l’enregistrement (ou de la musique imprime) pour laquelle le support physique est secondaire. Mis part les champs de collation et de rfrence commerciale, on dcrira de la mme faon une cassette, un 33 tours ou un laser, puisque l’on se doit de cataloguer ce que l’on entend. Quels accs donc ? D’abord les titres, au pluriel car l’usage veut que l’on dveloppe les titres contenus dans l’enregistrement. Ensuite, pour la musique classique, nous avons les titres uniformes qui peuvent, dans certains cas, offrir des accs par type d’œuvre ex : [Sonates. Claviers. BWV 963. R majeur]. Enfin, les auteurs, ici le nombre dpendra de la qualit de description que l’on veut obtenir, certains ne dveloppent que les interprtes, d’autres ajoutent les auteurs et les compositeurs, cela dpend des usages locaux et des genres musicaux.

A l’ISBD s’ajoutent les entres d’indexation systmatique. Avec l’informatisation des fonds, il apparat que la pratique de cette indexation se soit pervertie et que l’on se soit mis confondre le rangement thorique (indexation systmatique) et le rangement en rayon (la cote). L o les rgles de l’indexation prconisent la multiplication des entres au fichier systmatique, l’usage n’a retenu que la constitution de la cote. C’est l’un des regrets de Dominique Lahary. Rien n’interdit l’indexation multiple d’un mme document et de ne retenir qu’un indice pour forger la cote qui par ailleurs ne pourra tre constitue que d’une partie de l’indice (cf. les cotes valides mises au point par Bertrand Callenge).

Lorsque l’on avance la possibilit d’un accs par l’indexation systmatique d’aucuns rtorquent que celui-ci n’est pas « naturel » voire qu’il est obscur pour le public. A ceux l, Alain Caraco donne deux rponses : d’abord la recherche matire n’est pas non plus une dmarche « naturelle » ensuite la plupart des logiciels offrent la possibilit d’utiliser des libells de classification c’est dire la traduction lexicale des indices systmatiques. L’utilisation de ces libells permet d’accder l’indice systmatique en tapant des mots, exactement le travail inverse de celui du catalogueur qui traduit des mots en chiffres. De cette manire nous obtenons trois accs lexicaux.

En rsum nous avons trois groupes d’accs possible : Titres, auteurs et indices systmatiques. L’informatique nous offre un quatrime accs : les mots de la notice. Un bon logiciel sera capable d’explorer les pavs ISBD pour y trouver les mots correspondant la requte formule. A ces quatre accs, est-il ncessaire d’en ajouter un cinquime ? Alain Caraco dfend l’ide que ces accs suffisent, mme pour les documentaires, arguant que la majorit des ouvrages documentaires contiennent des indications sur leurs sujets dans leurs titres et qu’un accs matire reprsente un travail inutile destin ne combler qu’un manque ngligeable.

Faut-il d’autres accs ?



Mais Alain Caraco parle des livres, peut-on appliquer ses propos aux phonogrammes et partitions ? Pour les partitions je ne suis pas expert, aussi je laisserai ce domaine de ct pour l’instant [1]. Les accs titres, auteurs, indices sont-ils suffisants pour retrouver un phonogramme ? Tout dpend de ce que l’on cherche. Les principes de classement viennent d’tre rviss mais suffisent-ils rpondre toutes les requtes courantes. Il s’agit bien de ne s’attarder que sur les cas usuels. La majorit d’entre nous travaillent en tant que gnralistes, les services spcialiss (les discothques de conservatoire par exemple) ont d’ores et dj mis en place des descripteurs et des points d’accs spcifiques leurs domaines et leur public. Donc, en temps que gnraliste, les accs prcits sont-ils suffisants ? Le constat doit tre fait par la ngative. Malgr tous nos efforts, nous n’obtiendrons jamais une indexation systmatique permettant de couvrir toutes les facettes de la musique. Elizabeth Giuliani (BNF) le rappelait lors de la journe nationale des bibliothcaires musicaux du 18 mars 2002 : « Un classement est forcment un point de vue et donc est forcment imparfait ». Il nous faut donc pallier ces imperfections, mais comment ?

L’utilisateur de l’OPAC peut donc accder la notice par trois biais, nous avons vu qu’ils sont insuffisants : les enregistrements de Bach comportent rarement le mot « baroque » sur la pochette du disque pourtant nous savons qu’il est intressant de pouvoir faire une recherche sur le thme de la musique baroque [2], il nous faut donc crer un accs de ce type. Comme il n’existe pas dans les principes de classement, nous avons donc trouver un moyen de l’intgrer la notice catalographique du phonogramme. Une des propositions d’Alain Caraco est l’utilisation des rsums qui deviennent accessibles en recherche par « mots de la notice », mais pour la musique, le rsum semble inadquat et risque de manquer d’objectivit en se changeant vite en « critique ».

L’indexation analytique des phonogrammes musicaux

Pour rpondre ces carences, plusieurs mthodes ont t mises en place. La premire est une indexation alphabtique matire qu’elle soit RAMEAU, Blanc-Montmayeur ou CORAIL. Cette indexation utilise les champs UNIMARC 6XX. Le problme est dans les pralables poss par Martine Blanc-Montmayeur et par l’quipe RAMEAU de la BNF : « En rgle gnrale, seuls les ouvrages documentaires relvent de l’indexation alphabtique matire ». L’autre pratique utilise les champs locaux UNIMARC (champ 9XX) pour une indexation analytique qu’on ne peut plus appeler « matire ». Des tmoignages me sont parvenus m’indiquant des panachages, une indexation faite d’un peu de Rameau, d’un peu de Corail tantt en champ 6xx tantt en champ 9xx selon les domaines. Preuve d’un malaise rel face ce type d’indexation.

Intellectuellement et aussi « normativement » parlant, seule la deuxime solution semble bonne, car elle permet une indexation similaire l’indexation matire sans pour autant enfreindre la rgle gnrale prcite. Quel type de thsaurus devrions-nous utiliser ? RAMEAU, CORAIL ou un autre ?

RAMEAU tend aujourd’hui devenir le standard de l’indexation alphabtique matire, est-ce une raison pour l’adopter ? Il a ses partisans et ses dtracteurs, sans entrer dans leurs querelles, il semble que RAMEAU ne soit pas le systme le mieux adapt la description de la musique. Bien sur c’est un thsaurus volutif comme tout bon thsaurus, mais il faut aussi s’interroger sur sa structure et de toute faon, utiliser RAMEAU signifie indexer par sujet. CORAIL, quant lui a t cre par des discothcaires, nous pouvons donc penser que ce thsaurus serait plus proche de nos proccupations. Quant aux autres thsaurus, ne sont-ils pas condamns disparatre du fait de leurs particularismes ?

On objectera qu’il peut tre intressant de mlanger des ouvrages « de » la liste des rponses une question « sur », mais est-ce intellectuellement raisonnable ? Est-ce un singularisme du mal parler du Nord mais nous avons suffisamment de gens qui nous demandent des disques « sur » les Beatles quand ils veulent couter « Let it be » pour ne pas rajouter la confusion des genres ? Comme je l’ai dj dit : viendrait-il l’ide de quelqu’un de mlanger les « Nouveaux mystres de Paris / Lo Malet » aux ouvrages documentaires sur le roman policier. Peut-on raisonnablement mlanger la chose et l’tude de la chose ? C’est un dbat que l’on peut mener. Mais en pralable ne faut-il pas s’interroger sur le devenir d’un thsaurus matire utilis de la sorte ? Quel sera le rsultat des recherches matires face ce mlange ? Comment ragira l’utilisateur qui cherche un ouvrage sur l’histoire de la musique baroque si cette rponse est noye au milieu des pices de Bach, Froberger, Vivaldi et consorts (pensez qu’une recherche Jean Sbastien Bach uniquement dans notre catalogue donne dj 350 rponses !)

Usage de l’indexation analytique

Les limites de l’indexation analytique se rapprochent de celles des autres accs. A savoir que cet accs n’est possible que via l’OPAC. Il faut donc que celui-ci soit suffisamment clair pour le public. A ce problme deux remdes compatibles : la clart du logiciel lui-mme et le bon usage de celui-ci. Pour le logiciel, nous ne pouvons pas grand-chose part faire le sige de nos fournisseurs pour qu’ils aillent dans le bon sens. Pour le bon usage de l’OPAC, c’est nous d’œuvrer. Notre rle n’est-il pas aussi un rle de mdiateur et de pdagogue ? Certaines bibliothques ont dj mis en place des formations destines leurs usagers afin que ceux-ci soient plus autonomes dans leur recherche.

On pourra aussi reprendre les arguments indiquant que l’indexation analytique est un surcrot de travail gourmand en temps. A ces objections, j’opposerai deux tmoignages indiquant que, si la mise en place des thsaurus est longue, leur utilisation est aise et rapide.

Le catalogage offre donc trois accs qui, s’ils se montrent insuffisants rpondre toutes les requtes possibles, n’en existent pas moins. Un thsaurus n’est pas isol par rapport aux autres, il faut donc tenir compte des accs dj fournis pour une notice avant d’en ajouter un. Si nous pouvons dsormais admettre la ncessit d’une indexation analytique pour les phonogrammes, nous ne sommes pas pour autant dbarrasss de tout cueil, ne faut-il pas se demander jusqu’o indexer ? Faut-il tout indexer ou non ? Si nous n’indexons qu’une partie de nos catalogues laquelle ? Peut-on lgitimer un fonds plus qu’un autre ? Je pense que tout phonogramme peut tre index en partant du principe que l’indexation analytique n’est qu’une indexation complmentaire. Mais il faut que les accs ne soient pas redondants entre eux car c’est dans le cas contraire que cette indexation est une perte de temps. A quoi sert de crer un accs analytique « sonate » alors que l’indexation systmatique offre un accs « sonate » en « 3.11 » ou que le titre uniforme offre, lui aussi, cet accs (ex : [Sonates. Claviers. BWV 963. R majeur]).

Dans la version 2002 des principes de classement, une foule de subdivision t cre pour permettre une indexation systmatique plus fine qui, de fait, liminera le problme de l’accs certains genres musicaux, restent ceux que les tables ne prennent pas en compte, comme la musique baroque. L’indexation analytique, qu’elle soit matire ou genre, n’a lieu d’tre que si elle est un moyen d’accs complmentaire la notice. A nous de faire en sorte que les recherches OPAC aboutissent. Il me parat plus « honnte » d’offrir une ligne « sujet » rserve au document traitant d’un sujet (documentaire) et une ligne « genre » (ou autre chose si quelqu’un a une meilleure ide) pour accder aux ouvrages sans caractre documentaire mais ncessitant un accs non dvelopp par ailleurs.

A l’usage il apparat que le rel problme pos par l’utilisation d’un thsaurus est sa prennit. Non pas qu’il devienne dsuet du jour au lendemain car un thsaurus bien gr sera volutif, mais c’est son utilisation qui pose problme car d’un utilisateur l’autre la description d’une musique peut tre radicalement diffrente ; pour un type de musique on pourra avoir plusieurs descripteurs possibles : surf music ou pop californienne ? Opra ou bel canto ? Musique de film ou bande originale de film ? La prennit d’un catalogue passe avant tout par des rgles d’utilisation strictes comprises et assimiles par tous les utilisateurs afin de limiter les distorsions.

Quelles perspectives ?

J’insiste sur l’urgence de la rflexion mener sur l’indexation analytique des phonogrammes, celle-ci est indispensable et les pratiques doivent obligatoirement tre uniformises si nous voulons pouvoir aborder le vaste chantier du catalogage partag ou de l’change de donnes. Je pense que le moment est le mieux choisi car maintenant que les principes de classement des documents musicaux ont vu le jour, il serait bon de profiter de l’ouverture des chantiers de re-cotation pour faire d’une pierre deux coups. Il faut aussi considrer, que comme la BNF est en train de transformer sa base Opaline en Intermarc intgr, nous nous orientons vers des possibilits de rcupration et d’change de notices nouvelles et donc qu’il est plus qu’urgent d’tablir des standards de catalogage et d’indexation (pour le moment, les documents audiovisuels de la BNF sont indexs matire en RAMEAU).

Il faut indexer nos documents, mais je ne pense pas que la confusion entre « genre », « forme » et « sujet » soit la meilleure solution. S’il est vrai que par le pass nos logiciels n’offraient d’autre place une indexation analytique que l’accs matire, aujourd’hui les choses ont chang et UNIMARC nous offre des perspectives nouvelles. Nous pourrions mme envisager la cration d’un champ spcifique pour l’indexation analytique de la musique au sein du bloc 6. La cration de ce champ permettrait d’uniformiser les pratiques car d’une part l’usage du bloc 9 peut se rvler peux ais lors de transfert de donnes et d’autre part la cration d’un champ spcifique permettrait aussi le mise en place d’une structure de vedette adapte.

Quelle structure devons nous donner cette « autorit genre musical » ?

La rponse peut nous tre donne par les actuels utilisateurs d’indexation analytique. Ceux-ci vivent et ont vcu les limites des systmes actuels et peuvent donc parfaitement nous indiquer les lments garder, ceux amliorer et ceux crer. Les thsaurus existent (RAMEAU, CORAIL, et les autres) mais apparemment, ils ne fonctionnent pas correctement, bien que je n’ai pas assez de tmoignages pour tre trs affirmatif. Les modes de fonctionnement de ces thsaurus sont-ils corrects ? Seul l’usage peut nous le dire. Il ne s’agit plus de bricoler avec les moyens du bord, nous avons montr que nous pouvions nous rassembler pour une œuvre d’envergure, pourquoi pas renouveler cette exprience ?

Reste le problme du vocabulaire. L’intrt de RAMEAU est qu’il s’agit d’un thsaurus volution « modre » (au sens Internet du terme). Cette modration permet de limiter l’expansion d’un thsaurus, de prendre le recul ncessaire pour tudier le bien fond de la cration d’un nouvel accs, surtout dans les « musiques actuelles » qu’en sera t-il dans dix ou quinze ans de toute la mouvance lectro ? Qu’en est-il aujourd’hui de tous ces courants du rock progressif ? Il nous parat aujourd’hui extrmement important de subdiviser la techno, mais qu’en sera t-il demain ? Les demandes seront elles aussi pointues ? Je crois que comme pour RAMEAU, il nous faut des agents modrateurs capables de juger de la prennit et de la pertinence d’un accs. De toute faon si nous crons un systme de notice autorit analytique « genre » nous aurons la possibilit d’user et abuser des renvois, ce qui rglera par la mme, le problme des appellations multiples cit plus haut.

Ce qui nous faut garder l’esprit lorsque nous indexons c’est que ce que nous crons est un accs une notice. Si rien ne sert d’ouvrir plusieurs fois la mme porte, plus grave serait de crer une porte trop troite. Par exemple crer une vedette de genre du type « Musique de chambre*baroque*Italie*violon*1751 » serait peut-tre utile un conservatoire, mais pour nous les gnralistes de la profession n’est-ce pas trop dtailler ? D’autant que les termes « violon » et « musique de chambre » peuvent tre repris dans l’indexation systmatique. Le terme « Stroll » dont peu de gens connaissent le domaine qu’il couvre, est lui aussi une porte troite. Il vaut mieux soit fractionner et multiplier les entres sur la notice (comme pour l’indexation systmatique), soit renvoyer un terme plus gnral mais plus parlant.

Comme pour le reste de notre travail, il ne faut jamais perdre de vue que l’indexation est une tche ddie. Ce travail doit permettre la mise en relation de l’usager et du document. Comme Dominique Lahary je pense que la priorit doit tre l’accessibilit, ce qui ne peut tre que le rsultat d’un travail clair et ordonn dont la logique doit tre comprise par tous. « Chaque chose sa place et chaque place sa chose » condition sine qua non d’une indexation pertinente qui permettra de faire aboutir une recherche mais aussi de rendre plus ais le transfert de donnes.


A voir aussi sur ce site l’article Rameau musique ou l’histoire d’une rconciliation


[1Pour les partitions, il me semble que bon nombre d’entres elles comportent des renseignements de contenu dans les titres ou les collections. D’autre part, leur utilisation est particulire, le public ne cherchera pas forcment une partition de la mme manire qu’un enregistrement.

[2Je prends l’exemple de la musique baroque car il me semble tre parlant et durable, mais vous pouvez raisonner de la mme faon avec d’autres genres musicaux non dvelopps dans les principes de classement.