Par abus de langage, on confond souvent libre et gratuit. Dans les faits, la plupart des logiciels libres sont gratuits, puisque la redistribution est autorisée.

On pourrait donc penser que les musiques en libre diffusion sont également toujours gratuites et se demander comment les artistes s’y retrouvent économiquement parlant…

En vendant leurs musiques !

Contrairement à un logiciel, qui n’a aucun attrait ni aucun intérêt en tant que support, les albums en libre diffusion peuvent tout à fait être édités sur des CD (voire des vinyles) et être vendus aux personnes souhaitant disposer d’une version matérielle de leur album favori. La diversité de la boutique du netlabel Beep ! Beep ! Back up the truck en est un parfait exemple…. et de nombreux artistes vendent directement leurs CD et vinyles sur Bandcamp. En achetant album en libre diffusion, on entre parfois en possession d’un objet rare, réalisé par l’artiste lui-même en quelques exemplaire, comme par exemple le Berlin Kitchen Sessions d’Entertainment for the Braindead.

Berlin Kitchen Sessions : de la conception à l’expédition…

Par ailleurs, il n’est pas rare de voir sur cette même plate-forme des albums en libre diffusion en téléchargement payant. Le netlabel allemand 12rec propose ainsi un téléchargement gratuit des albums sur l’Internet Archive, au format mp3. Les amateurs de fichiers audio de haute qualité (FLAC, ALAC) peuvent retrouver ces albums sur Bandcamp, et les télécharger moyennant quelques euros.

Le site Magnatune est un peu à part : l’écoute est bien entendu gratuite, mais si vous voulez télécharger un album, il vous faudra souscrire un abonnement. Vous pourrez alors télécharger l’ensemble du catalogue, là encore en haute qualité.

Si le téléchargement d’un album est proposé à un prix raisonnable, celui-ci peut très bien trouver des acheteurs. En effet, ce n’est pas parce qu’un album est en libre diffusion qu’on le trouve facilement en dehors du site où il est vendu.

A côté de cela, d’autres artistes ne veulent pas que le prix soit un frein au téléchargement de leurs morceaux. Il peuvent pour cela choisir sur Bandcamp l’option « Name your price ». Il est alors possible de télécharger l’album gratuitement (il suffit de mettre un prix égal à 0), puis de revenir ensuite sur la page de l’album pour procéder à un achat/don du montant que l’on souhaite.

Le groupe Goodbye Kumiko a choisir l’option « Name your price » pour son album…

En gérant les restrictions liées au droit d’auteur

Les licences de libre diffusion permettent de choisir les droits concédés au public.

Les artistes ayant choisi une clause NC (pas d’utilisation commerciale) peuvent demander une rétribution en contrepartie de cette utilisation commerciale. Ils peuvent le gérer eux-mêmes ou en mandatant un intermédiaire, comme par exemple les sites Magnatune ou Jamendo.

En ce qui concerne les œuvres dérivées, deux cas peuvent donner lieu à une rétribution :

  • la création de telles œuvres n’est pas autorisée à l’origine (clause ND) : l’artiste peut alors monnayer cette autorisation.
  • les œuvres dérivées sont autorisées mais avec une clause de partage des conditions initiales à l’identique (SA) : l’auteur peut demander de l’argent pour lever cette obligation. Une chanson de Brad Sucks sous licence CC-BY-SA s’étant retrouvée dans la série anglaise Skins, il est fort probable que la production a négocié avec lui pour ne pas que l’épisode se retrouve lui aussi en libre diffusion.

En faisant des appels au don

Les artistes, les labels et les sites spécialisés peuvent faire figurer des boutons  » Don  » ou  » Donate « , qui permettent de soutenir les personnes dont on apprécie les œuvres. Pour sécuriser les transactions, il faut passer la plupart du temps par un service de paiement en ligne de type Paypal, qui prélève une commission au passage (3,4% +0,25€ par transaction).

On voit également fleurir sur les sites web des boutons Flattr : c’est un système de micropaiement, une sorte de porte-monnaie virtuel. Chaque mois il est possible d’y mettre une petite somme (minimum 2€, commission de 10%), de cliquer sur les boutons Flattr des contenus que l’on apprécie, et à la fin du mois l’argent est réparti entre les différents auteurs des contenus appréciés.

De temps en temps, il arrive que les artistes ou les netlabels se tournent vers leurs fans pour financer un projet particulier. Parfois cela fonctionne bien, et parfois beaucoup moins. Professor Kliq a ainsi réussi à réunir plus de 5000 $ pour financer sa dernière année d’étude, le trio scandinave My Bubba & Mi a pu acheter un véhicule pour sa tournée, mais aaahh records a récolté très peu de fonds pour son projet Danemark (location d’une maison pendant une semaine, pour que les différents artistes du netlabel puissent se rencontrer). Plus classiquement, les artistes peuvent inciter leurs fans à précommander leur album et financer ainsi les frais d’enregistrement. Le groupe Uniform Motion a peut être ouvert une autre voie en lançant récemment leur propre plate-forme pour… financer leurs concerts !

Ce type de financement à un nom : le crowdfunding (production communautaire). Il s’appuie sur des plates-formes parfois spécialisées (PledgeMusic pour la musique) et d’autres plus généralistes comme Kickstarter, une des plus importantes structures dans le soutien aux projets. Creative Commons tient par ailleurs sur ce site une page recensant de nombreux projets utilisant leurs licences.

En permettant la libre diffusion !

Plus une musique se fait connaître, plus elle a de chance d’attirer des fans et de générer des ventes ou des utilisations commerciales. En autorisant la libre diffusion, artistes et netlabels facilitent donc la diffusion de leurs œuvres et profitent de la viralité d’Internet pour se faire connaître au-delà des frontières.

Cela a sans doute permis au groupe The Black Atlantic de faire des tournées un peu partout (Etats-Unis, Chine, Europe du Nord), à Brad Sucks de passer dans une série à succès, et au Professor Kliq de ramasser cette somme conséquente en à peine un mois !


Conclusion

La libre diffusion permet donc une autre consommation de la musique, plus en adéquation avec les pratiques actuelles. Un rapport différent, plus proche, s’instaure également entre les artistes, les netlabels et les fans.

On constate que l’argent n’est pas forcément exclu du circuit, mais il circule avec beaucoup moins d’intermédiaires (plate-forme et/ou netlabel, service de paiement en ligne) et arrive donc plus rapidement aux artistes.

Il s’agit simplement ne pas oublier qu’il y a des coûts derrière tout ce qui est gratuit. S’il ne semble pas incongru de ressortir d’une boutique en payant ses CD, il paraît tout aussi logique de rendre leur générosité aux artistes en libre diffusion !

Et ailleurs ?

Ce principe de libre diffusion peut bien évidemment être transposé à d’autres médias. L’association Framasoft a ainsi déjà vendu plus de 1000 Framabooks (livres techniques en libre diffusion).

Les photographes qui diffusent librement leurs clichés peuvent se faire connaître et se faire embaucher pour des tournages, être retenus pour des expositions ou bien vendre des tirages de leurs photos.

Le financement des œuvres cinématographiques est un peu plus délicat, car les coût de production sont bien plus importants. Pour le moment, on trouve donc principalement des films à petits budgets, même si les choses sont en train de bouger, avec l’émergence de plates-formes de partage et de financement de type vodo.net.

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Un commentaire

  1. Promouvoir la musique libre en bibliothèque : l’exemple de Pacé, commune d’Ille-et-Vilaine | Monde du Livre
    18 juil 2012 @ 08:54:46

    [...] alors que les licences libres n’interdisent pas la rémunération des artistes, que ce soit grâce à la vente de musique sous forme physique, l’organisation d’évenements ou en de…, n’empêchant aucunement une diffusion libre et [...]

    Reply

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